L’amazighe dans la loi de finances 2027 : un fonds autonome de 2 milliards de DH
Le projet de loi de finances pour l’année 2027 remet au premier plan le processus d’officialisation de l’amazighe, à travers un plan gouvernemental visant à ancrer la présence de cette langue au sein des services et des institutions publics. Cette feuille de route ambitionne également d’élargir son usage dans la communication administrative, les services numériques et la signalétique, tout en soutenant son intégration dans le système éducatif, les médias ainsi que les domaines culturel et législatif.
Selon la note de présentation du projet, ce plan s’appuie sur une enveloppe budgétaire de près de deux milliards de dirhams pour la période 2027-2031. Il répond ainsi aux exigences constitutionnelles, aux recommandations du rapport sur le nouveau modèle de développement et aux engagements de l’exécutif, en coordination et en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
S’agissant du bilan de l’année 2026, les mesures prises ont porté sur l’élaboration de 26 plans sectoriels et l’octroi d’un soutien à huit établissements publics demandeurs, en plus de la formation de 120 fonctionnaires en communication et en terminologie administrative amazighes. Une feuille de route a également été établie pour intégrer l’amazighe sur les sites internet officiels, parallèlement au lancement d’un programme visant son introduction dans les cours d’alphabétisation.
Concernant la communication institutionnelle, la note fait état du recensement et de la programmation des textes législatifs et réglementaires devant être traduits en amazighe, ainsi que de la rédaction d’un lexique des termes administratifs. Par ailleurs, l’interprétation simultanée a été assurée lors des séances plénières des deux chambres du Parlement et des points de presse hebdomadaires du porte-parole du gouvernement, parallèlement au lancement de la traduction des contenus numériques et institutionnels au sein de plusieurs ministères et établissements publics.
En matière de signalétique et d’identité visuelle, l’intégration de l’amazighe se poursuit sur les panneaux indicateurs des collectivités territoriales et les supports visuels de divers ministères et institutions. Cette initiative a également touché la flotte des services publics : la langue amazighe a ainsi été apposée sur 403 véhicules de la Sûreté nationale et 512 véhicules relevant du secteur de la Santé et de la Protection sociale.
Dans les domaines de l’éducation et de la culture, les données révèlent la création, en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale, d’une plateforme numérique d’enseignement à distance en langue amazighe destinée aux élèves. Un appui financier a également été accordé à des associations de la société civile pour organiser des manifestations culturelles amazighes, notamment à l’occasion des célébrations du Nouvel An amazigh.
Les priorités d’action pour l’année 2027 s’orientent vers l’achèvement des chantiers entamés et le lancement de nouvelles initiatives. Parmi celles-ci figurent l’instauration d’une charte pour l’intégration de l’amazighe dans les plateformes d’information électroniques et le suivi de la traduction de leurs contenus, ainsi que la généralisation de son usage dans les dispositifs d’orientation et de signalétique au sein des administrations publiques et des collectivités territoriales.
Les projets de l’exécutif prévoient en outre l’introduction de la langue amazighe dans les réseaux de transport en commun et les divers véhicules affectés aux services publics, tels que les ambulances, les bus de transport scolaire et les corbillards, ainsi que dans les grandes infrastructures vitales comme les gares routières, les aéroports, les ports et le réseau autoroutier.
Sur le volet de la formation, les orientations officielles misent sur la constitution d’un vivier de formateurs internes qualifiés afin de pérenniser les cycles de perfectionnement continu et la transmission des compétences linguistiques au sein des départements ministériels et des établissements publics. Les administrations bénéficieront aussi d’un accompagnement pour organiser des sessions spécialisées dans la communication administrative orale et écrite en amazighe. Ce dispositif s’appuiera sur des conventions avec des institutions universitaires et de formation, notamment l’École supérieure Roi Fahd de traduction de Tanger, l’Université Al Akhawayn, le Centre de formation des inspecteurs de l’enseignement, l’Institut national des greffes et des métiers juridiques et judiciaires, ainsi que les Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé.
Les programmes à venir prévoient également de soutenir les départements ministériels ayant accusé un retard dans la finalisation de leurs plans sectoriels d’officialisation de l’amazighe, et d’accompagner un projet pilote ciblant 40 collectivités territoriales en vue de sa généralisation à l’échelle nationale. S’y ajoute la publication de guides de référence et de glossaires juridiques et administratifs en amazighe.
Sur le plan législatif, le gouvernement entend élaborer un lexique juridique en collaboration avec les services du Secrétariat général du gouvernement, et prêter main-forte à ce dernier pour la traduction d’un corpus de textes législatifs et réglementaires vers l’amazighe. En parallèle, la présence de la langue sera renforcée dans les secteurs de l’éducation, de la formation, des médias et de la communication, ainsi que dans la création culturelle et artistique et les travaux parlementaires.
Dans une démarche présentée par la note comme un levier pour accélérer l’application de la loi organique 26-16, il est prévu de créer, en 2027, un fonds autonome dédié au soutien de l’usage de l’amazighe, en séparant cette mission du Fonds de modernisation de l’administration, de la transition numérique et de l’usage de l’amazighe. Ce dispositif sera complété par l’activation de la commission ministérielle permanente rattachée à la chefferie du gouvernement, chargée du suivi et de l’évaluation du chantier d’officialisation de la langue.
Ces mesures s’inscrivent dans la poursuite de l’intégration de l’amazighe au sein de l’administration, des services publics et de l’espace public à travers la traduction, la formation, la communication, la signalétique et les services numériques, conformément aux priorités définies dans la note de présentation du projet de loi de finances pour 2027.
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