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Un député de gauche marocain face à ses contradictions sur l’amazighité

En revenant sur la publication dans laquelle Omar Mahmoud Benjelloun s’insurge contre les festivals célébrés par les Imazighen dans le sud du Maroc, un texte que j’ai repartagé hier, l’on constate que la pensée religieuse wahhabite constitue le point de départ de cet acteur politique affilié à la Fédération de la gauche.

Il n’a pas critiqué ces manifestations pour des motifs sécuritaires, sociaux, économiques ou même éthiques, mais bien pour des raisons religieuses teintées de considérations ethniques et coloniales, héritées des référents idéologiques du mouvement national, dont les positions ont toujours émané de considérations purement salafistes et nationalistes.

Premièrement : l’accusation de paganisme portée contre les festivals amazighs

Au début, notre interlocuteur nous fait part de « l’apparition de rituels païens inconnus dans le sud du Maroc ».

Remarquez comment ce discours assimile des festivals festifs à des rituels païens. En effet, il puise ses concepts dans la pensée religieuse salafiste, qui proscrit le « paganisme » et le considère comme un polythéisme. Certains extrémistes du salafisme vont même jusqu’à condamner à mort les pratiquants de ces rites, selon des considérations jurisprudentielles bien connues.

À ce propos, je m’interroge : quelle différence y a-t-il entre Omar Mahmoud Benjelloun et le prédicateur salafiste El Hassan Kettani, qui voue aux gémonies tout ce qui est amazigh, y compris le Nouvel An amazigh ?

Deuxièmement : l’association de la culture amazighe à des influences étrangères et coloniales

Omar Mahmoud Benjelloun prétend que la pratique ou la mise en valeur de ces « rituels païens » s’effectue « au nom d’une promotion ethnique et culturelle imposée par des influences étrangères depuis trente ans ».

Cet acteur de gauche, jadis membre du Parti de l’avant-garde et actuellement de l’Alliance de la gauche, remet sur le tapis la même rengaine colportée par le mouvement national au nom d’un salafisme qui a combattu toutes les formes et manifestations de la culture amazighe depuis les années 1930.

Il considère ainsi les festivals amazighs dans le sud du Maroc comme une promotion ethnique imposée de l’extérieur et porteuse d’influences exogènes — une allusion claire suggérant que ceux qui ont incité les Imazighen à célébrer ainsi ne sont autres que les colons français (le colonialisme d’antan).

Il s’agit là, de toute évidence, d’une accusation explicite portée contre les Imazighen célébrants, assimilés à la continuité des traîtres qui, selon cette logique, appliquent des agendas coloniaux étrangers depuis trente ans.

Leurs ancêtres « nationalistes et salafistes », qui négociaient les dépouilles, n’avaient-ils pas déjà accusé les aïeux des Imazighen actuels, alors retranchés dans les montagnes pour combattre, d’être des traîtres sous prétexte que le colonialisme avait émis un dahir en 1930 ?

Troisièmement : de la célébration culturelle aux accusations de sécessionnisme

Omar Mahmoud Benjelloun ne s’est pas contenté d’accuser les Imazighen de paganisme, de promotion ethnique et d’influences étrangères ou coloniales ; il est allé plus loin en leur prêtant des velléités séparatistes.

La fin de sa publication indique en effet :

« La tendance séparatiste à caractère néocolonial, dans sa version agonisante, agit en se couvrant d’un habitus culturel. »

Ainsi, ce militant de l’Alliance de la gauche boucle la boucle des accusations forgées par les salafistes du mouvement national dès les années 1930, reprises par la suite par les islamistes, qui ne cessent de lancer les mêmes griefs aux Imazighen.

D’une fête de joie, de danse et d’allégresse, telle que les Imazighen la pratiquent depuis des siècles aux quatre coins du Royaume, ce rite culturel se métamorphose sous la plume de cet acteur de gauche en hérésie païenne condamnable, ou à tout le moins en coutume répugnante faisant la promotion d’une « ethnicité amazighe » qu’il exècre et combat. Il est même dépeint comme un héritage colonial visant à disloquer la nation marocaine en ancrant des tendances séparatistes.

Tout cela parce que de jeunes Imazighen ont célébré un festival amazigh marocain ancré dans l’histoire, en dansant, jouant, faisant du théâtre, s’épanouissant et insufflant une dynamique culturelle et économique dans leurs régions, avant de briser la routine quotidienne pour regagner leurs foyers, heureux et sereins !

Tel est le visage de la pensée religieuse extrémiste lorsqu’elle s’enkyste dans les esprits de certains acteurs de gauche, au point de ne plus distinguer la matérialisme dialectique théorisé par Karl Marx et ses successeurs des croyances des héritiers du nationalisme panarabe, lesquels ont érigé le patrimoine de la période antéislamique arabe en religion tout en proscrivant le patrimoine amazigh.

Quatrièmement : la gauche et l’amazighe entre discours et pratique

Pourtant, Omar Mahmoud Benjelloun est revenu lors d’une nouvelle sortie médiatique pour affirmer que les dossiers fondamentaux défendus par la gauche ont toujours été celui du Sahara marocain et celui de l’amazighe.

Je n’entrerai pas ici dans les méandres de la défense par la gauche de la marocanité du Sahara, mais je m’attarderai un instant sur les modalités de sa défense de la cause amazighe.

Quand je parle de la gauche, je ne vise pas l’ensemble des courants et des militants qui croient sincèrement aux valeurs progressistes ; j’ai parmi eux des amis qui défendent l’amazighe et épousent les thèses portées par le mouvement amazigh.

Je désigne ici cette gauche qui est parvenue, depuis 2016, à s’emparer de quelques sièges à la Chambre des représentants.

Je pose dès lors les questions suivantes :

Qu’a donc apporté cette gauche, à laquelle appartient Omar Mahmoud Benjelloun, à la langue et à la culture amazighes ?

A-t-elle jamais élevé la voix pour exiger, par exemple, du gouvernement d’Akhannouch la mise en œuvre effective des lois promulguées depuis 2019 ?

A-t-elle formulé des propositions visant à généraliser l’enseignement de l’amazighe, verticalement et horizontalement, dans tous les établissements scolaires ?

A-t-elle exigé l’élargissement des programmes de la seule chaîne Tamazight, ou lutté au Parlement pour généraliser l’amazighe dans les médias audiovisuels sur l’ensemble des chaînes et radios nationales ?

Qu’a fait cette gauche pour nous convaincre, comme l’affirme l’auteur, qu’elle serait la seule à avoir lutté pour l’amazighe ? Qu’a-t-elle concrètement réalisé ? !

Cinquièmement : le bilan parlementaire de la gauche sur le dossier amazigh

Dans une étude réalisée par Ahmed Arehmouch, ce militant amazigh qui suit de près l’application gouvernementale des lois organiques atteste que la nouvelle gauche, dans les rangs de laquelle milite Omar Mahmoud Benjelloun, n’a déposé au Parlement, entre 2021 et 2026, pas même une seule question orale ou écrite relative à l’amazighe durant toute cette période.

Sur un total de 129 questions écrites et de 67 questions orales, on ne trouve pas une seule question émanant de cette gauche à laquelle se rattache notre auteur !

De surcroît, l’ensemble des propositions de loi émanant des groupes parlementaires de la Chambre basse au cours de la législature 2021-2026 ne porte aucune trace de cette gauche : sur les trois propositions présentées, aucune n’est imputable à ses rangs.

Comment peut-on dès lors prétendre que le combat pour la cause amazighe fut l’apanage exclusif de la gauche ? !

Sixièmement : la nécessité d’une autocritique et d’une révision des référents idéologiques

Ce que j’attends de cette gauche en particulier — car d’autres sensibilités progressistes affichent des positions constructives —, c’est qu’elle opère une autocritique pour se défaire des illusions du salafisme panarabe, cet héritage du nationalisme aux racines ancrées dans le Moyen-Orient chrétien.

Il lui importe d’adopter les valeurs universelles des droits de l’humain, au premier rang desquelles figurent le pluralisme, la diversité et la reconnaissance des cultures et des langues des peuples, puis de militer pour ces valeurs et pour leur consécration effective au sein des institutions de l’État : dans l’éducation, les médias, l’administration et la justice.

À défaut, si cette gauche persiste à s’accrocher à ses référents arabo-islamiques surannés, en porte-à-faux avec la véritable gauche, les droits humains et l’émancipation des peuples, elle demeurera engoncée dans ses mythes et son ethnonationalisme. Rien ne la distinguera alors des islamistes si ce n’est l’étiquette, le fond demeurant identique : l’hostilité envers la langue et la culture amazighes.

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