Comment expliquer la déclaration du député qui a sollicité 2 milliards de DH en faveur de l’arabe ?
Trois remarques s’imposent concernant les propos d’un député ayant réclamé l’allocation de deux milliards de dirhams pour « soutenir » la langue arabe, calquant cette demande sur le budget alloué à l’officialisation de l’amazighe.
Premièrement, l’élu n’a pas jugé utile de saluer l’affectation de ce budget à la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe. Il est passé directement à l’exigence d’une somme équivalente pour « défendre l’arabe ». S’il avait d’abord exprimé la satisfaction de son groupe parlementaire face à cette avancée avant de plaider pour la langue arabe, son discours aurait été bien plus conforme à l’esprit d’unité nationale et de cohésion sociale.
Deuxièmement, le député s’est livré à un contresens majeur en qualifiant ce budget de « soutien » à l’amazighe. En réalité, il ne s’agit pas d’une aide, mais de crédits destinés à l’officialisation effective d’une langue dont le processus stagne depuis près de quinze ans. Cette confusion délibérée vise manifestement à faire croire que les deux langues se trouvent dans une situation similaire. Or, dans les faits, toute comparaison est impossible.
Le caractère officiel de l’arabe est une réalité concrète, tandis que celui de l’amazighe reste entravé. Les enseignants d’arabe sont légion, alors que ceux d’amazighe sont trop peu nombreux. L’arabe est enseigné à tous les niveaux du cursus, tandis que l’amazighe n’est toujours pas généralisée et ne dépasse pas le cycle secondaire. De nombreuses matières sont dispensées en arabe, alors qu’aucune ne l’est en amazighe. L’arabe est omniprésent dans l’administration et les médias, d’où l’amazighe est quasiment absente. Enfin, l’arabe est la langue naturelle des débats parlementaires, alors que l’usage de l’amazighe y rencontre une résistance systématique sous prétexte de besoins en traduction. On ne peut comparer des situations aussi disparates.
Troisièmement, nous n’avons jamais vu ce député manifester un tel enthousiasme ou une telle ferveur pour la cause amazighe, malgré quinze années perdues sans mise en œuvre réelle de son caractère officiel. Si nous avions perçu chez lui la moindre inquiétude face à ce retard historique, nous pourrions croire à son patriotisme et à son attachement sincère à toutes les composantes de notre culture nationale.
En somme, comment expliquer qu’un parlementaire commette une erreur de logique qu’un écolier éviterait ? La seule explication convaincante réside dans une forme d’« amazighophobie », qui perçoit toute justice rendue à l’amazighe comme une menace pour l’arabe. Pourtant, la Constitution consacre ces deux langues comme officielles. Défendre l’une ne devrait jamais se faire au détriment de l’autre. Le véritable patriotisme consiste à se réjouir de la réhabilitation de chaque composante de la nation, sans chercher à instaurer une concurrence illégitime.
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