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Opinions

Arehmouch préconise la création d’une délégation interministérielle dédiée à l’amazighe

De l’engagement à doter l’amazighe d’un fonds autonome vers la création d’une institution légale ou d’un organe gouvernemental qui en soit chargé : pour une réflexion rationnelle sur l’ingénierie institutionnelle

Introduction

Depuis la constitutionnalisation de l’amazighe comme langue officielle en 2011, la question amazighe est passée de la revendication et de la reconnaissance à la mise en œuvre et à la réalisation. Mais cette mise en œuvre a révélé un problème structurel : qui pilote cette politique publique ? Et comment la coordonner entre plusieurs secteurs, chacun avec sa logique, son rythme et ses priorités ?

I. L’amazighe, une politique transversale par nature

L’amazighe n’est pas un secteur au sens administratif classique. Il touche à l’éducation, aux médias, à la justice, à l’administration, à la culture, à la signalétique, à la santé et au développement territorial. Le cantonner à un seul département le prive de sa dimension globale et le rend tributaire de compétences étroites et de budgets limités.

Cette situation a engendré plusieurs dysfonctionnements :

  • des initiatives dispersées, redondantes ou contradictoires ;
  • l’absence d’une vision unifiée et d’indicateurs communs pour mesurer l’impact ;
  • des secteurs chargés de dossiers qui dépassent leurs attributions ;
  • une faible redevabilité : chacun se renvoie la responsabilité, si bien que personne ne l’assume.

II. Pourquoi une délégation ministérielle ?

La délégation ministérielle est une formule institutionnelle bien connue de l’expérience administrative marocaine. Elle se distingue par la légèreté de sa structure, sa proximité avec le centre de décision et sa capacité à rassembler les secteurs sans se substituer à eux. Elle convient à un dossier transversal, car elle :

  1. ne concurrence pas les départements mais les coordonne : chaque ministère reste responsable de l’exécution du volet qui relève de ses compétences ;
  2. assure la convergence, en rattachant les programmes sectoriels à une même vision stratégique ;
  3. garantit la continuité, à l’abri des remaniements gouvernementaux ;
  4. facilite le suivi et l’évaluation, en centralisant les données et les indicateurs.

III. La nécessité d’une réflexion rationnelle

Une réflexion rationnelle sur cette institution suppose de dépasser l’approche émotionnelle ou conjoncturelle au profit d’une démarche fondée sur :

  • un diagnostic précis de ce qui a été réalisé, de ce qui a achoppé et des raisons de ces blocages ;
  • une définition claire des attributions, afin que la délégation ne empiète pas sur les institutions existantes, comme l’Institut royal de la culture amazighe et le Conseil national des langues et de la culture marocaines, mais les complète. Ces dernières sont des organes de recherche et de conseil ; la délégation, elle, serait un organe de coordination et de suivi opérationnel ;
  • des objectifs mesurables, des calendriers et des budgets dédiés ;
  • l’ouverture aux acteurs : université, société civile et collectivités territoriales.

IV. Les conditions de la réussite

Pour éviter que la délégation ne devienne une structure administrative de plus, il faut :

  • une réelle autorité de coordination, appuyée par des prérogatives de suivi, d’évaluation et de reddition de rapports, et de préférence rattachée à la présidence du gouvernement ;
  • des ressources humaines et financières suffisantes, ainsi que des compétences spécialisées ;
  • un mécanisme de redevabilité, tel qu’un rapport annuel présenté au gouvernement et au Parlement ;
  • une coordination institutionnelle avec les régions et les communes pour garantir la déclinaison territoriale.

Conclusion

La création d’une délégation ministérielle chargée de l’amazighe n’est pas une fin en soi, mais un moyen de transformer l’engagement constitutionnel en une politique publique cohérente. Dans la logique de l’État moderne, les questions transversales se traitent avec des outils transversaux. Une réflexion rationnelle sur cette option est ce qui protège l’amazighe du morcellement et du report, et qui fait de sa promotion une responsabilité partagée, mesurable et soumise à la reddition de comptes.

Par Ahmed Arehmouche

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