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Langue amazighePolitique

Un ministère dédié à l’amazighe : la demande de l’AMREC

Le débat sur la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe revient au premier plan. Dans une lettre de félicitations adressée à Fatima Zahra Mansouri après sa nomination à la tête du gouvernement, l’Association marocaine de recherche et d’échange culturel (AMREC) demande que la langue amazighe occupe une place explicite dans le prochain programme gouvernemental de la majorité. Elle invoque les dimensions constitutionnelle, identitaire et institutionnelle de l’amazighe, à la fois langue, culture et identité, et composante essentielle de la personnalité marocaine.

L’association relève que le processus d’officialisation continue de se heurter à des obstacles et à des retards concrets. La reconnaissance constitutionnelle date de 2011, et la loi organique n° 26.16, qui fixe les étapes d’intégration de l’amazighe dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique, a été promulguée il y a plus de sept ans. Plusieurs dispositions qui devaient être appliquées durant les cinq premières années sont restées lettre morte, estime l’association, qui y voit un non-respect des délais prévus par la loi organique. Selon elle, l’approche actuelle n’a pas, à ce jour, permis le changement de fond qui ferait de l’amazighe une langue et une culture réellement présentes dans l’espace public, conformément à la Constitution et aux textes qui en découlent.

L’AMREC appelle donc à revoir la méthode de conduite de ce chantier. Elle souhaite le passage de projets sectoriels dispersés à une approche gouvernementale transversale et cohérente, assortie d’objectifs et de délais précis, dotée des moyens financiers nécessaires et pourvue de mécanismes de suivi, d’évaluation et de reddition des comptes. Forte d’un parcours qui remonte à 1967 dans la promotion de la langue et de la culture amazighes, elle formule cinq propositions concrètes pour accélérer l’application effective de l’officialisation. Elle demande leur inscription dans le programme gouvernemental de la législature 2026-2031.

La première proposition porte sur un budget public intégré pour l’amazighe. La dimension amazighe serait prise en compte à toutes les étapes d’élaboration, d’exécution et d’évaluation du budget général de l’État. L’idée est de s’inspirer des modèles budgétaires qui relient la dépense publique à des objectifs précis et mesurables, comme le budget sensible au genre. L’association y voit le moyen de dépasser l’inscription de crédits isolés pour mesurer l’effet réel de ces dépenses sur la présence de l’amazighe dans la vie publique. Elle critique en creux l’approche budgétaire du gouvernement précédent, qui s’est limité à créer un fonds spécial placé sous la tutelle d’un seul département.

Cette proposition suppose, selon l’AMREC, une méthodologie commune permettant aux ministères, aux établissements publics et aux collectivités territoriales de recenser leurs projets liés à l’amazighe, d’afficher clairement les moyens financiers et humains alloués, et de mettre en regard les dépenses prévues et les résultats obtenus. L’association préconise aussi des indicateurs annuels unifiés, adaptés à chaque secteur : nombre de services rendus en amazighe, volume de documents traduits, nombre de fonctionnaires formés, portée de ces projets auprès des citoyens. La publication d’un bilan annuel de ce budget intégré renforcerait la transparence, aiderait à repérer les lacunes et orienterait les financements vers les priorités du programme gouvernemental et de la loi organique n° 26.16.

La deuxième proposition invite à étudier la création d’un département ministériel ou d’un ministère délégué spécialisé dans les affaires amazighes. Il serait chargé de coordonner les politiques publiques de mise en œuvre, de veiller à l’application de la loi organique n° 26.16 et d’assurer la cohérence des initiatives sectorielles avec les grandes orientations du gouvernement. Ses missions engloberaient la proposition de plans d’ensemble, la coordination entre les acteurs institutionnels, l’accompagnement de l’intégration de la langue dans les services publics et la production de rapports périodiques sur les avancées et les obstacles. L’association insiste sur la nécessité de lui donner des prérogatives claires, des moyens humains et matériels suffisants et un calendrier public, tout en préservant les compétences propres à chaque ministère. Cette structure offrirait au gouvernement un point central de responsabilité et ferait des initiatives éparses une véritable politique publique.

Dans sa troisième proposition, l’AMREC réclame un programme gouvernemental spécifique pour achever la mise en œuvre de la loi organique n° 26.16. Elle déplore l’absence de vision gouvernementale précise chez les exécutifs successifs depuis l’adoption de la Constitution actuelle. Elle souhaite que le nouveau gouvernement élabore un programme clair et intégré, inscrive ses engagements dans la déclaration gouvernementale et les décline en un plan d’action définissant responsabilités, ressources, calendriers et indicateurs de performance. Ce programme devrait couvrir les domaines prévus par la loi, notamment l’éducation, l’administration, la justice, les médias, la culture, la signalétique, les documents officiels et le Parlement, ainsi que l’espace numérique et les services destinés au public. L’association demande également de hiérarchiser les priorités dans chaque domaine et de rompre avec les modes de gestion antérieurs, fondés sur des contractuels et des agents en situation de précarité juridique et professionnelle, ce qui a, selon elle, associé l’amazighe à la précarité sociale. Elle insiste enfin sur des mécanismes de coordination sectorielle, un plan de formation continue et une estimation financière précise, avec une publication régulière des résultats afin que la société civile et l’opinion publique puissent suivre le respect des engagements.

La quatrième proposition fait de 2027 l’échéance d’une évaluation globale et indépendante du bilan de la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe depuis 2011, et plus particulièrement depuis l’entrée en vigueur de la loi organique. L’AMREC veut qu’elle repose sur des données documentées et qu’elle recueille les points de vue des administrations, des experts et des acteurs de la société civile. Il s’agirait d’identifier les réalisations effectives, les causes des blocages et les besoins techniques et financiers restants. Cette évaluation devrait déboucher sur des recommandations pratiques assorties de délais réalistes, présentées aux institutions et à l’opinion publique, et servir de base à un plan gouvernemental actualisé, ciblant les secteurs qui en ont le plus besoin.

La cinquième proposition concerne le renforcement de la commission ministérielle chargée du suivi de la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe. L’association demande des réunions régulières, un programme de travail annuel et une définition précise des responsabilités de ses membres, liées à des résultats mesurables. Elle propose de doter la commission d’un système numérique unifié de collecte de données, qui permettrait aux secteurs de rendre compte régulièrement de leurs réalisations et de leurs crédits, d’expliquer tout retard et de prendre les mesures correctives. Elle suggère aussi de mobiliser le Haut-Commissariat au Plan pour publier chaque année des statistiques sur l’évolution de l’usage de l’amazighe, langue officielle du pays. L’association conclut qu’une bonne gouvernance suppose de désigner des points focaux dans les ministères, de renforcer la coordination avec les collectivités territoriales et d’associer la société civile à l’évaluation, afin de faire de l’application de l’amazighe un chantier national guidé par la transparence, et non un simple slogan politique.

En conclusion de sa lettre, l’AMREC se dit prête à mettre son expérience au service du gouvernement pour mener à bien ce chantier. Elle espère que ces propositions seront retenues dans le futur programme gouvernemental, afin de consolider la place de l’amazighe comme affluent essentiel de l’identité marocaine.

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