Mardi 13 octobre 2026ⴰⵙⵉⵏⴰⵙ 13 ⴽⵟⵓⴱⵕ 2026
Actualité

Fès : Le Musée de la culture juive au cœur du Mellah pour préserver la mémoire plurielle

L’ouverture du Musée de la culture juive marocaine au sein du quartier historique du Mellah à Fès relance le débat sur les mécanismes de préservation de la mémoire collective et de la diversité culturelle qui ont forgé l’histoire du Maroc. Cet espace muséal, édifié sur un terrain cédé par la communauté juive, ambitionne de combler un vide dans la documentation institutionnelle des composantes non arabes du tissu national, dont l’affluent hébreu, reconnu par la Constitution comme une partie intégrante de l’identité nationale.

S’étendant sur une superficie totale de plus de 1 700 mètres carrés, dont 1 200 consacrés à l’exposition permanente, le musée se distingue par une architecture mettant à l’honneur les techniques traditionnelles du zellige, du plâtre et de la menuiserie artisanale. Les collections, réparties sur deux étages, retracent une chronologie de plus de 2 500 ans de présence juive en Afrique du Nord. Elles mettent l’accent sur des étapes charnières telles que la fondation du Mellah de Fès en 1438 et l’arrivée des exilés d’Andalousie en 1492, interpellant ainsi les politiques culturelles actuelles sur la nécessité d’intégrer cette profondeur historique loin de toute lecture monolithique.

Le parcours muséographique explore les dimensions religieuses, institutionnelles et quotidiennes à travers des manuscrits, des livres rares et des rouleaux de la Torah, ainsi que des objets illustrant le fonctionnement des tribunaux rabbiniques et des écoles hébraïques. Le musée met également en lumière l’artisanat traditionnel via la reconstitution d’un atelier de bijouterie et l’exposition de parures, de textiles et d’instruments de musique. Ces pièces témoignent de l’interpénétration fonctionnelle et technique entre les différentes composantes de la société marocaine, soulevant par ailleurs des interrogations sur la capacité des politiques éducatives et médiatiques à assimiler ces spécificités culturelles face à la prédominance des courants d’arabisation.

Inauguré à la suite d’un projet annoncé en avril 2019, cet établissement a été réalisé avec la participation de la communauté juive marocaine sous l’égide de la Fondation nationale des musées. Ses promoteurs visent à souligner les interactions entre juifs et musulmans, tandis que les observateurs de la scène culturelle attendent de voir si de telles initiatives institutionnelles pourront aboutir à une politique structurelle reconnaissant l’identité plurielle du Maroc et garantissant les droits culturels et linguistiques de toutes ses composantes historiques, au-delà des approches folkloriques éphémères.

Dans le même esprit, la culture amazighe, composante authentique et la plus ancienne de l’identité marocaine, a elle aussi besoin d’initiatives similaires pour préserver sa mémoire, documenter son patrimoine matériel et immatériel, et réparer le préjudice causé par des décennies d’arabisation et d’exclusion systématique des institutions éducatives, des médias et de l’espace public. Si la reconnaissance constitutionnelle de l’amazigh comme langue officielle en 2011 a constitué un tournant important, sa traduction concrète en musées, centres de documentation et programmes de sauvegarde du patrimoine amazigh reste en deçà des attentes. Cette composante attend encore des politiques culturelles publiques une véritable équité, qui dépasse le discours symbolique et les approches ponctuelles.

0 Commentaires