L’amazighe 25 ans après Ajdir : du temps de la célébration à l’heure du bilan
Le regain d’intérêt pour l’enseignement de la langue amazighe est aujourd’hui alimenté par une multiplicité de signaux : des célébrations officielles marquant le vingt-cinquième anniversaire du discours d’Ajdir aux témoignages d’enseignants sur leurs conditions de travail, en passant par les revendications syndicales exigeant la pérennité des affectations pédagogiques face aux nouveaux programmes éducatifs.
Ces sources, bien que de natures diverses, convergent vers une interrogation centrale. Après un quart de siècle, la question n’est plus seulement de savoir s’il existe une volonté politique de promouvoir l’amazighe, mais plutôt de mesurer ce qui a été concrètement réalisé au sein de l’école marocaine. Il s’agit d’évaluer l’ampleur du fossé entre les ambitions affichées et leur mise en œuvre effective sur le terrain.
Les témoignages du corps enseignant soulèvent des points de vigilance cruciaux. Certains font état d’une surcharge horaire, d’un nombre excessif de groupes d’élèves et de classes surchargées. D’autres craignent que les récentes réformes éducatives ne fragilisent les acquis en matière d’enseignement de la langue. Si ces données nécessitent une vérification auprès des autorités compétentes, elles appellent surtout une réponse institutionnelle claire et transparente.
La pérennité de l’enseignement de l’amazighe ne doit pas être perçue comme une simple question de gestion du personnel, mais comme un indicateur de réussite des politiques publiques. La formation des enseignants, la stabilité de leurs postes, la mise à disposition de supports pédagogiques et la répartition des ressources humaines sont autant de leviers mesurables et évaluables.
À cet égard, le droit d’accès à l’information joue un rôle pivot. Disposer de données précises sur le nombre d’établissements, d’élèves et d’enseignants, ainsi que sur les budgets alloués, permettrait de substituer un débat fondé sur les faits aux simples impressions divergentes. L’enjeu n’est pas de s’opposer aux réformes, mais d’en interroger la gouvernance : comment garantir la cohérence des programmes successifs pour que l’innovation ne se traduise pas par un recul des droits acquis ?
Plus largement, ce débat touche à la gestion des deniers publics. La protection de l’argent de l’État ne se limite pas à la détection d’irrégularités financières ; elle implique aussi de questionner l’efficacité de l’utilisation des ressources et l’atteinte des objectifs fixés. Dans le secteur de l’éducation, il ne suffit pas de mobiliser des moyens, il faut s’assurer des résultats produits.
Vingt-cinq ans après le discours historique d’Ajdir, l’heure est venue de passer de la commémoration à l’évaluation. Un bilan rigoureux ne peut se satisfaire ni des seules célébrations, ni des seules plaintes. Il doit s’appuyer sur des données officielles, des témoignages de terrain et des analyses indépendantes pour comparer objectivement les résultats aux objectifs initiaux.
En définitive, la force d’une politique publique se mesure à sa capacité à transformer le quotidien des citoyens. Pour l’amazighe, la question est désormais limpide : qu’est-ce qui a été accompli à l’école, que reste-t-il à faire et quels ajustements sont nécessaires pour que la reconnaissance symbolique devienne une pratique concrète et un droit effectif.
Par Mohamed Samir Bouzid, acteur civil intéressé par la gouvernance et la protection des deniers publics, et secrétaire général du Centre Adala pour les droits de l’homme.
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