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Diaspora marocaine : l’apprentissage de la langue amazighe, grande absente des politiques publiques


L’émigration des Amazighs n’est plus seulement un déplacement géographique motivé par la recherche de meilleures conditions de vie : elle est devenue un véritable enjeu culturel. Alors que des milliers d’Amazighs ont réussi à s’installer durablement dans différents pays du monde, une question essentielle se pose : que restera-t-il de la langue et de la culture amazighes chez leurs enfants et petits-enfants ?

La réalité est sans appel. De nombreux jeunes issus des deuxième et troisième générations ne parlent plus la langue amazighe, et certains ne connaissent que très peu l’histoire et les traditions de leurs ancêtres. Ce phénomène ne relève pas d’un rejet de l’identité, mais d’une conséquence naturelle des pressions liées à l’intégration dans des sociétés aux langues et cultures différentes. Pourtant, intégration ne devrait pas rimer avec dilution et perte des racines : l’identité culturelle constitue la mémoire des peuples et la garantie de leur continuité.

On ne peut évoquer la préservation de l’identité amazighe en diaspora sans interroger la responsabilité de l’État. Si celui-ci organise régulièrement des concours pour recruter des enseignants d’arabe destinés aux enfants de la communauté marocaine résidant à l’étranger, et met en place des programmes permettant à ces derniers d’apprendre l’arabe et de maintenir leur lien avec cette langue, aucune initiative comparable n’existe pour l’enseignement de l’amazighe — alors même qu’elle est langue officielle du Royaume selon la Constitution, et l’une des composantes fondamentales de l’identité nationale marocaine.

Cette absence prive un grand nombre d’enfants issus de la communauté, en particulier ceux de familles amazighes, de la possibilité d’apprendre leur langue maternelle de manière institutionnelle. La charge de sa préservation repose ainsi essentiellement sur les familles et les associations, aux moyens souvent limités. Puisque l’État a reconnu le caractère officiel de tamazight, cette reconnaissance devrait également se traduire dans les politiques destinées à la communauté marocaine à l’étranger : organisation de concours pour recruter des enseignants spécialisés dans l’enseignement de la langue amazighe, création de programmes éducatifs comparables à ceux dédiés à l’arabe, élaboration de manuels et d’outils pédagogiques adaptés, et soutien aux associations culturelles amazighes établies dans les pays d’accueil.

L’égalité entre les deux langues officielles ne sera pleinement effective que lorsque les enfants de la diaspora bénéficieront du même droit d’apprendre l’arabe et de l’amazighe, deux piliers indissociables de l’identité nationale marocaine.

La famille demeure certes le premier maillon de la transmission de la langue et de la culture, mais elle ne peut, à elle seule, faire face aux défis de l’intégration et du renouvellement des générations. Préserver la langue amazighe en diaspora exige donc une complémentarité des rôles entre familles, associations et institutions publiques, afin que cette langue ne devienne pas un simple souvenir, mais reste vivante et se transmette de génération en génération.

Préserver l’identité amazighe n’est pas un attachement nostalgique au passé : c’est un investissement pour l’avenir, et un respect de la diversité culturelle qui caractérise le Maroc. Les cultures qui ne sont pas transmises aux nouvelles générations sont menacées de disparition ; celles qui bénéficient d’attention et de soutien restent vivantes et se renouvellent.

Garantir aux enfants de la diaspora le droit d’apprendre la langue amazighe ne sert donc pas uniquement la cause amazighe : cela renforce l’unité de l’identité nationale marocaine dans toutes ses composantes, et traduit concrètement la place constitutionnelle qu’occupe l’amazighe, au Maroc comme à l’étranger.

Par Al Houssine Mohamed – chercheur en toponymie et patrimoine amazigh


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