Mercredi 4 novembre 2026ⴰⴽⵕⴰⵙ 4 ⵏⵓⵡⴰⵏⴱⵉⵔ 2026
Opinions

Quand l’arabisation constitue un danger pour les intérêts du Maroc

Une arabisation totale et dévastatrice :

Sous une forte pression idéologique et politique du « Mouvement national », qui a pris la forme d’un chantage exercé sur l’État, celui-ci s’est engagé depuis l’indépendance, avec un grand enthousiasme, dans une arabisation totale et dévastatrice, qui comprend l’arabisation politique entamée par la France, visant à diffuser et à ancrer chez les Marocains la conviction que leur État est arabe et gouverné par un pouvoir arabe ; l’arabisation ethnique, qui vise elle aussi à diffuser et à ancrer chez les Marocains la conviction qu’ils sont un peuple « arabe » d’origine arabe ; l’arabisation identitaire, qui vise également à diffuser et à ancrer chez les Marocains la conviction que le Maroc est un pays arabe d’appartenance arabe ; et l’arabisation idéologique, qui vise à créer chez les Marocains une fausse conscience, qui ancre et consacre leur dépendance à l’égard du Machrek arabe sur le plan de l’appartenance, de la culture, de l’art, de la religion (écoles, interprétations et fatwas), de la langue, de l’unité des causes et du destin…, au point que ce Machrek arabe est devenu comme l’étoile fixe autour de laquelle tourne le Maroc, petite planète qui tire son existence et son mouvement de la grande étoile orientale. Le cinquième aspect de cette arabisation totale et dévastatrice, comme je l’ai dit, est l’arabisation linguistique, dont l’exécution, dans sa forme totale et dévastatrice, sera retardée jusqu’aux années 1980. Pourquoi ? Parce que la diffusion, l’enseignement et l’emploi de la langue arabe n’ont jamais été le but de l’arabisation : l’arabe n’a toujours été qu’un moyen de l’arabisation politique, ethnique, identitaire et idéologique. Cette arabisation, totale et dévastatrice, a fait perdre au Maroc sa souveraineté identitaire, que représente son appartenance amazighe africaine, et a créé une conscience arabiste extrémiste chez un groupe de Marocains, qu’elle a transformés en « abêtis » et en « abêtisseurs » (pour savoir ce que signifie l’« abêtissement » [tadbî‘], voir l’article « L’“abêtissement” dans la criminalisation de la “normalisation” », en cliquant ici et ici), liés affectivement aux causes et aux problèmes du Machrek arabe plus qu’aux causes et aux problèmes de leur propre pays.

Les dangers de l’arabisation pour les intérêts du Maroc :

Mais la gravité de cette conscience arabiste « d’abêtissement » extrémiste, que l’arabisation a semée dans l’esprit de nombreux Marocains, passera de l’atteinte à la souveraineté identitaire du Maroc à celle de ses intérêts et de sa sécurité, lorsque le discours hostile et incendiaire d’une poignée de ces « abêtis » (avec un fatha puis un kasra sur le bâ’) contre leur pays, à l’occasion de la visite du ministre israélien de la Défense au Maroc à partir du 23 novembre 2021, coïncide avec le même discours hostile et incendiaire que propage l’Algérie, adversaire de l’intégrité territoriale de leur pays, le Maroc. Lorsque nous comparons le jugement selon lequel la normalisation des relations du Maroc avec Israël serait une « folie », comme l’a dit M. Mohamed Sassi (source : cliquez ici), rattaché à la mouvance de gauche ; la qualification de cette normalisation de « nouveau colonialisme », comme l’a dit Bensalem Himmich (source : cliquez ici), lui aussi rattaché à la mouvance de gauche ; l’affirmation que « la politique de normalisation hypothèque la question de la souveraineté du pays, car la décision n’est plus entre nos mains et notre souveraineté nous est enlevée », comme l’a déclaré Nabila Mounib (source : cliquez ici), figure majeure de la gauche marocaine ; la description par M. Raissouni, qualifié de juriste des finalités (faqîh maqâsidî) et président de ce qu’on appelle l’Union mondiale des savants musulmans, des accords que le Maroc a signés avec Israël comme une « politique de recours à l’État ennemi, État d’occupation, d’agression et de crime », sa déclaration que son pays le Maroc a demandé « le secours sioniste, au détriment de Jérusalem et de la Palestine », et que cela constitue un comportement d’humiliation sous tutelle sioniste ; son affirmation que les relations du Maroc officiel « s’adonnent à présent entièrement à l’amour illicite avec l’ennemi sioniste », dont il ne tirera « que pénétration, implication, délire, achat des consciences et fabrication d’agents » (source : cliquez ici) ; et le communiqué de l’« Union des savants musulmans », présidée par ce même M. Raissouni, qui dit que ce que le Maroc et les Émirats ont fait en alliances « avec l’entité sioniste occupante est un acte condamné et interdit par la loi religieuse et une trahison du pacte d’Omar, de celui de Saladin et des droits du peuple palestinien » (source : cliquez ici)…, (lorsque nous comparons les propos de ces « abêtis » marocains) avec les propos et déclarations des responsables algériens qui répètent que l’Algérie affronte les sionistes à sa frontière occidentale et que le recours du Maroc à eux ne lui servira à rien face à la force de l’Algérie (!), nous constaterons une concordance entre les deux discours, au point que M. Raissouni n’a pas hésité à reprendre les mêmes contenus du discours hostile et incendiaire de l’Algérie, les mêmes calomnies mensongères, les mêmes termes diabolisant le Maroc en raison de la normalisation de ses relations avec Israël, pour les employer lui aussi, pour la même raison, contre son pays.

Demandons à M. Raissouni : qui pratique l’« amour illicite » (amour contre nature) ? Celui qui aime l’identité collective originelle de son pays et préserve son appartenance naturelle et originelle, ou celui qui usurpe l’appartenance à une identité collective étrangère, renie son genre et aime un autre genre différent, pratiquant ainsi une déviance sexuelle, c’est-à-dire nationale et identitaire, qui représente le sommet de l’« amour illicite » ? Et qui pratique la collaboration et fabrique des agents ? Celui qui est fidèle à son pays par sa fidélité à l’identité collective de ce pays, façonnée par l’appartenance collective à ce même pays, et qui défend sa souveraineté, son indépendance et sa singularité par rapport aux identités des autres peuples, ou celui qui écarte l’identité de son pays et mène un combat pour le rattacher, comme un vassal humilié, aux identités de pays étrangers dont des milliers de kilomètres nous séparent, et qui fait la promotion de leur marchandise idéologique avariée et invendable, wahhabite, frériste et arabiste, exprimant ainsi son allégeance à des parties extérieures, pratiquant, par les effets et les résultats, une collaboration gratuite avec ces parties sans qu’elles le lui demandent ?

Il est clair que ces positions hostiles et incendiaires de ces « abêtis » (toujours avec un fatha puis un kasra sur le bâ’) contre leur pays à cause de la normalisation, qui coïncident avec les positions de parties extérieures hostiles au Maroc, montrent que l’idéologie d’arabisation, où ils puisent ces positions hostiles et incendiaires, est une idéologie non patriotique, qui produit des intellectuels hostiles aux intérêts et à la sécurité de leur pays, comme les positions de l’Algérie hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc sont hostiles à ses intérêts et à sa sécurité.

Pourquoi la liberté d’expression ne sert-elle qu’à défendre les causes arabes ?

Le rejet de ce discours hostile et incendiaire que propagent ces Marocains contre leur Maroc ne signifie pas le rejet de leur droit de critiquer les décisions de leur État, de leur droit à la liberté d’expression et d’opinion et de leur droit de différer de la politique de l’État. Mais pourquoi cette critique doit-elle toujours porter sur les décisions relatives à la Palestine et aux causes arabes, comme la question de la normalisation avec Israël ? Pourquoi M. Raissouni n’a-t-il pas écrit que la condamnation à vingt ans de prison de ceux qui réclamaient liberté, justice et dignité est un acte condamné et interdit par la loi religieuse ? Pourquoi n’a-t-il pas déclaré que la normalisation par le Maroc de ses relations avec l’Espagne, qui occupe des parties de son territoire, est une plongée dans l’« amour illicite » au détriment de Sebta et Melilla ? Pourquoi n’a-t-il pas dit que l’embauche sur contrat est un acte rejeté par la loi religieuse ? Pourquoi n’a-t-il pas dénoncé la lenteur de la mise en œuvre réelle et sérieuse du caractère officiel de l’amazighe et déclaré que c’est un acte condamné et rejeté par la loi religieuse ? Pourquoi n’a-t-il pas publié un communiqué, au nom de l’Union qu’il préside, condamnant la corruption qui se répand au Maroc et déclarant qu’elle est interdite par la loi religieuse ?…

Par ces exemples, nous voulons montrer qu’il y a mille et une causes marocaines pour lesquelles il aurait été plus naturel que M. Raissouni et d’autres « abêtis » (toujours avec un fatha puis un kasra sur le bâ’), s’il avait eu le souci des causes de son pays, critiquent la politique de l’État. Que cette critique n’apparaisse, sous une forme hostile et incendiaire, que lorsqu’il s’agit de décisions marocaines interprétées comme ne servant pas directement la cause palestinienne et les autres causes arabes prouve que ce qui pousse ces « abêtis » à condamner ces décisions est leur fanatisme arabiste ethnique, que l’arabisation, au sens expliqué plus haut, a planté dans leurs cœurs et dans leurs âmes au point que leur loyauté envers ces causes arabes est devenue une foi enracinée et une croyance ferme, avec l’obligation de prouver à chaque occasion le renouvellement de cette loyauté en reniant leur identité amazighe et en ignorant totalement les causes du Maroc et des Marocains.

La responsabilité de l’État :

Mais il ne faut pas faire porter toute la responsabilité de cette hostilité à l’accord de coopération entre le Maroc et Israël, dont profitent les ennemis de l’intégrité territoriale, aux agents d’idéologies étrangères, arriérées et extrémistes, du genre de M. Raissouni et d’autres « abêtis » (toujours avec un fatha puis un kasra sur le bâ’). L’État porte la plus grande part de responsabilité dans la diffusion de la culture de l’« abêtissement », dont les appareils idéologiques de l’État, comme l’école, la mosquée, les médias et l’administration…, ont chargé l’esprit des Marocains, en y plantant le reniement de leur identité amazighe et de leurs causes nationales, l’engouement fou pour les causes de l’arabité et le doute à l’égard des décisions de leur État lorsque ces décisions ne servent pas ces causes arabes.

Il est vrai que l’État a affronté après l’indépendance une forte pression politique en faveur d’une arabisation et d’un « abêtissement » totaux et dévastateurs, auxquels répondait une exclusion méthodique de l’amazighe sous prétexte qu’il serait un reliquat du colonialisme. Si l’État a tiré parti, à un certain stade, de la politique d’arabisation et d’« abêtissement », en l’employant pour régler les équilibres et affronter ses adversaires politiques avec la même idéologie orientale dont ils se servaient pour s’opposer à l’État, comme le montre son adoption des causes nationalistes puis de la pensée islamique wahhabite, à laquelle il a ouvert les portes du Maroc pour affronter l’islam politique, il en est ensuite devenu l’otage, des idéologies orientalistes dont la politique d’arabisation a facilité la diffusion au Maroc, comme nous l’observons aujourd’hui, quand il a conclu des accords de sécurité et militaires avec Israël, ce qui a suscité la colère des gardiens du temple oriental au Maroc. Ce qui montre que la politique d’arabisation, dans son sens politique, ethnique, identitaire et idéologique, est devenue un danger pour les intérêts du Maroc et sa sécurité nationale, lorsque ceux qui sont imprégnés de cette idéologie, pour la diffusion et l’implantation de laquelle l’État lui-même a dépensé beaucoup d’argent au Maroc, s’opposent à ces intérêts et à cette sécurité au nom de l’idéologie d’arabisation.

Il n’y a pas d’autre moyen de se débarrasser de cette idéologie d’arabisation non patriotique que de diffuser et d’implanter la culture de l’amour de la terre et de l’attachement à elle par l’attachement à l’identité collective que cette terre a façonnée, qui est l’identité amazighe. Cela demande pas mal de temps, car changer ce qui est de l’ordre de la pensée et de l’idéologie n’est pas aussi facile que changer ce qui est matériel et tangible.

Mohamed Boudhan

Mohamed Boudhan était écrivain, penseur, chercheur et militant amazigh originaire du Rif, directeur de publication du journal Tawiza. Il était l'auteur de nombreux livres et articles précieux concernant l'identité amazighe. Paix à son âme.