La « Gauche » et le complexe de l’amazighité
Le problème de la « gauche » est, à mon avis, aussi et surtout d’ordre psychologique : fondée sur des constructions historiques et idéologiques érigées en mythes fondateurs, la gauche découvre que ses fondements politiques et idéologiques sont des « mirages » que les revendications amazighes ont mis à nu. Les idéaux pour lesquels elle s’est mobilisée sont larvés, en raison du référentiel nationalitariste baathiste arabe, qui a conduit dans plusieurs États « arabes » à l’instauration de dictatures militaires qui ont adopté des politiques ethnocidaires vis-à-vis des communautés non arabes.
À ma connaissance, la « gauche marocaine » dans toutes ses ramifications, n’a jamais dénoncé le gazage des Kurdes par Saddam Hussein, ni la répression du Printemps amazigh en Algérie… Bien au contraire, elle a été biberonnée par les pétrodollars des pays baathistes et des monarchies enslavagistes du Moyen-Orient. Elle a adhéré au projet ethnocidaire et génocidaire des dictatures baathistes qui ont programmé le nettoyage ethnique des Kurdes, Yazidis, Amazighs…
La « gauche » a œuvré, via les programmes d’arabisation, pour la désintégration de l’identité et de l’Homme Amazigh, pour le remplacer par un « homo arabicus », créé de toutes pièces : ses actions oscillent entre sabotage, destruction, interdiction, falsification, répression, condamnation et incarcération.
Au Maroc actuel, la « gauche » a du mal à faire son mea culpa, reconnaître ses erreurs et égarements, sortir des mythes et faire sa catharsis. Sur le plan psychologique, la « gauche » réalise que « son combat » a dévié de la trajectoire de l’Histoire, son « magister » est ébranlé, déstabilisé. Ses « militants » se retrouvent face à un mirage. Ils découvrent que leurs ténors dont ils se disent les héritiers, sont en réalité des traîtres qui ont vendu la Résistance amazighe et des collaborateurs du colonialisme et des dictatures baathistes.
D’aucuns, par orgueil, s’entêtent de manière suicidaire et s’accrochent à une idéologie moribonde qui va précipiter leur chute et annihiler leur « crédibilité ». D’autres, ne supportant pas les changements et les mutations socioculturels, se réfugient dans le courant intégriste, comme dernier rempart et ultime citadelle qui commence à se fissurer de tous les côtés.
La « gauche » a vécu dans le mensonge et le déni de la réalité qu’elle prenait pour la Vérité, totale et absolue. La réalité l’a rattrapée. Elle a marché dans le mauvais sens de l’Histoire. La « gauche » a vécu dans l’illusion d’être le modèle de référence, détentrice des sésames magiques qui expliquent tout et solutionnent tout. Elle découvre qu’elle est en chute libre. Ses réactions et vociférations sont une fuite en avant. La vérité et la réalité amazighes que les sciences humaines et l’archéologie révèlent, leur sont insupportables. Cette vérité amazighe relève pour eux de l’Impensé et de l’Impensable.
Le devenir de la « gauche » dépend de sa capacité à l’autocritique, son courage à reconnaître ses erreurs et leurs impacts catastrophiques et destructeurs sur l’amazighité et ses dépositaires, et de sincérité et son humilité à faire un virage de 180°, pour couper avec son passé déshonorant et surtout de son articulation entre les valeurs qu’elle promeut et le vécu quotidien et que ses « militants » commencent à parler en amazigh, ou à l’apprendre pour ceux qui ne le parlent pas. La situation des « militants » de la gauche n’est pas enviable, elle est pathétique.



