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Mohamed Chami appelle à multiplier les recours en justice pour faire appliquer l’officialisation de l’amazighe


Une déclaration du chercheur et militant associatif Mohamed Chami relance le débat sur la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe. Il a livré les détails d’un long processus de dialogue avec les institutions de l’État, qui a abouti, selon lui, à un engagement du conseiller royal André Azoulay de transmettre au Roi la demande de protection constitutionnelle de la langue.

Ces déclarations ont été faites lors d’un colloque organisé vendredi matin à Tanger, dans le cadre de la 20e édition du festival culturel « Tawiza», sous le thème « De la reconnaissance à l’application… l’amazighe face au discours de haine ». Mohamed Chami y a appelé les acteurs amazighs à multiplier les recours en justice pour faire face aux pratiques qui contreviennent à l’article 5 de la Constitution et à la loi organique n° 26.16.

Le chercheur, l’un des premiers linguistes à avoir travaillé sur l’amazighe au sein de l’université marocaine, est également revenu sur les chiffres avancés par le gouvernement d’Aziz Akhannouch, qui évoque 2 460 enseignants de langue amazighe. Un chiffre qui, selon lui, ne reflète pas la réalité d’une généralisation horizontale et verticale prévue par les textes, mais toujours à l’arrêt.

Mohamed Chami est revenu sur les grandes étapes du plan prospectif élaboré au début des années 2000, qui fixait un cap clair pour généraliser l’enseignement de l’amazighe à tous les cycles scolaires. Il a rappelé que les programmes et manuels destinés aux cycles collégial et secondaire avaient bel et bien été élaborés au sein de l’Institut royal de la culture amazighe, avant de rester lettre morte, faute de mise en œuvre sur le terrain.

Il a également évoqué la décision du ministère de l’Éducation nationale, sous l’ancien ministre Chakib Benmoussa, de généraliser progressivement l’enseignement de l’amazighe au seul primaire, avec un horizon fixé à 2030. Une décision qui a valu au ministère d’être visé par un recours toujours pendant devant la Cour d’appel, porté par l’avocat Ahmed Arehmouch pour le compte d’une association.

L’ancien membre du conseil d’administration de l’Institut royal de la culture amazighe estime que le système d’enseignement de l’amazighe manque aujourd’hui de cohérence : il ne s’étend ni au collège ni au lycée, et n’a pas non plus été institutionnellement intégré au préscolaire, alors même que le mouvement amazigh et les associations de la société civile s’y étaient engagés en amont.

Se décrivant comme un « témoin de l’époque », Mohamed Chami a raconté que le refus de certains anciens ministres de l’Éducation nationale de reconnaître des dispositions alors en vigueur avait poussé le mouvement amazigh à ouvrir le chantier de la protection constitutionnelle, un combat mené jusqu’en 2011, année de l’officialisation.

Il a par ailleurs révélé que des militants amazighs s’étaient tournés vers le conseiller royal André Azoulay, qui s’était interrogé sur les raisons de ce choix. Il lui avait été répondu que leurs revendications, adressées aux différents ministères, n’atteignaient jamais l’institution royale. Toujours selon Mohamed Chami, André Azoulay s’était alors dit prêt à transmettre ces demandes au Roi lors de leurs rencontres hebdomadaires.

Le chercheur considère que certaines pratiques émanant de départements gouvernementaux, qui ne respectent pas les dispositions légales ou les contournent au détriment de la langue amazighe, sont en contradiction avec le texte de loi. Il souligne que l’adoption de la loi organique relative à la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe a nécessité près d’une décennie après l’officialisation constitutionnelle, un délai marqué par des difficultés qui persistent encore aujourd’hui.


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