Histoire et culture

La science tranche : 84 % des Marocains sont génétiquement amazighs, le mythe de l’origine yéménite s’effondre


Des recherches récentes en génétique relancent le débat sur les récits infondés qui tentent d’attribuer aux Amazighs du Maroc et d’Afrique du Nord une origine yéménite ou d’autres légendes d’inspiration arabiste.

Lors du colloque « Le Maroc au miroir des nouvelles découvertes archéologiques », organisé dans le cadre de la 20ᵉ édition du festival culturel Tawiza à Tanger, le chercheur en génétique Aouragh Zineddine a estimé que la science permet désormais de trancher cette question. Il s’appuie sur des comparaisons menées entre des restes découverts à Socotra (vers 2024), qui ont révélé l’absence de tout lien génétique avec le Yémen.

Le chercheur a souligné une continuité de peuplement ancienne en Afrique du Nord, citant des restes numides de Sétif ainsi que d’autres provenant des îles Canaries, porteurs de la lignée amazighe E-M81, qu’il relie à la figure du roi maure Bogud, actif vers 49 avant notre ère. Selon lui, ces données invalident les théories attribuant aux Maures une origine subsaharienne. Il précise toutefois que l’existence de migrations et d’apports extérieurs ne remet pas en cause la prédominance de la composante amazighe locale dans le patrimoine génétique de la région.

Détaillant les principales lignées paternelles à l’échelle mondiale, il a expliqué que E-M81 domine chez la majorité des Amazighs d’Afrique du Nord, contre E-M78 chez les Égyptiens, E-M2 en Afrique subsaharienne, R1b en Europe, et J1 chez la plupart des Arabes du Moyen-Orient — tout en précisant que cette classification renvoie à la lignée la plus répandue dans chaque région, sans impliquer une pureté génétique absolue.

Il est également revenu sur le rôle des lignées maternelles pour expliquer les différences entre individus partageant une même origine paternelle, citant une étude de Bekada et al. (2013) selon laquelle près de 84 % des Marocains appartiennent à une lignée amazighe — un indicateur, selon lui, de la prédominance de la souche locale dans la composition actuelle de la population. Il a par ailleurs indiqué que la sous-lignée E-Z5009, dérivée de E-M81, réunit les Amazighs du Rif, de l’Atlas et du Souss autour d’un ancêtre commun qu’il situe vers 300 avant notre ère.

De son côté, Youssef Boukbout, chercheur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine à Rabat, a relevé que la question identitaire reste posée dans toute l’Afrique du Nord, de la Libye à la Mauritanie, une partie de la population ignorant encore sa véritable origine, tandis que certains adhèrent à des récits de filiation koweïtienne ou yéménite difficilement vérifiables historiquement. Il a précisé qu’il n’existe au Maroc aucun arbre généalogique documenté remontant au-delà de trois ou quatre siècles, alors que certaines revendications d’origine portent sur deux mille ans — une affirmation qu’il juge historiquement indémontrable.

Les chercheurs qualifient le récit d’une origine yéménite des Amazighs de narration non attestée historiquement et dépourvue de tout fondement scientifique. L’absence d’arbre généalogique documenté au-delà de trois ou quatre siècles au Maroc rend, selon les mots de Boukebout, une origine yéménite vieille de deux mille ans « historiquement impossible ». Pour les chercheurs, la persistance de ce récit, malgré la généralisation des analyses génétiques qui le contredisent, traduit l’emprise d’un discours identitaire tout fait, difficile à abandonner même face aux preuves scientifiques.

Boukbout a insisté sur le fait que la génétique offre un outil permettant de trancher ces questions loin des discours populistes, évoquant la création d’un nouveau laboratoire près de Tanger, appelé à attirer un public désireux de vérifier ses origines par l’analyse génétique.


0 Commentaires