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l’amazighité entre reconnaissance constitutionnelle et discours de haine


Tanger a accueilli, dans le cadre de son Festival méditerranéen de la culture amazighe organisé par l’association Tawiza, un colloque scientifique réunissant dix chercheurs et universitaires autour du thème « De la reconnaissance à l’activation : l’amazigh face au discours de haine ». Ce débat a remis sur la table la question de l’écart entre ce que reconnaissent la Constitution et la loi, et ce qui se traduit réellement dans l’école, l’administration, les médias et l’espace public.

Le chercheur Aziz El Wazzani, qui a animé la séance, a ouvert les échanges par un cadrage théorique du sujet. « Le statut des langues ne se mesure pas seulement à la reconnaissance qu’elles obtiennent dans les textes constitutionnels et juridiques, mais aussi à leur présence dans l’école, l’administration, les médias et l’espace public », a-t-il souligné. « C’est entre reconnaissance et activation », a-t-il ajouté, « que se joue la valeur des politiques publiques et que se concrétise, ou s’enlise, le respect de la diversité linguistique et culturelle. » En conclusion de son propos introductif, il a établi un lien entre langue et identité : « La langue est la maison de l’homme. Et si la langue est une maison, la haine commence lorsqu’on tente de détruire la maison des autres ou qu’on leur refuse le droit d’habiter leur propre langue, leur culture et leur identité. »

Premier intervenant, le chercheur et écrivain Ahmed Assid a établi un lien entre la montée du discours de haine contre l’amazigh et l’absence de transformation de la reconnaissance officielle en conscience collective chez les Marocains. Il a rappelé la distinction philosophique établie par l’École de Francfort entre tolérance et reconnaissance, avant de conclure : « Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas la tolérance, c’est la reconnaissance. » Il a retracé le parcours de cette reconnaissance, du discours d’Ajdir en 2001 à la constitutionnalisation de 2011, puis à la loi organique promulguée le 1er octobre 2019 — un parcours qu’il a qualifié de « lent, mais jamais interrompu ni régressif ».

Pour Ahmed Assid, cette lenteur dans la mise en œuvre explique le retour de débats que l’on croyait tranchés depuis les années 1980. « Le discours de haine trouve son origine dans le choc de transformations qui n’ont été ni digérées ni intégrées », a-t-il expliqué. Il a établi un parallèle avec la question des droits des femmes, où le cadre juridique progresse tandis que le discours sociétal régresse, dans certaines de ses manifestations, jusqu’à des positions antérieures à 1912, selon ses propres termes.

Ahmed Assid a également consacré une partie de son intervention aux référentiels idéologiques étrangers qui, selon lui, alimentent le discours de haine. Il a évoqué l’entrée du nationalisme arabe au Maroc dès la rencontre entre Abdesselam Bennouna et Chakib Arslan en 1930, jusqu’aux courants de l’islamisme politique, frériste et salafiste, qu’il a qualifiés d’« idéologies étrangères sans lien avec l’islam marocain ni avec la culture islamique du Maroc ». Il a conclu en appelant à ancrer l’idée de diversité dès l’enseignement primaire, présentant l’amazigh comme l’élément qui a « opéré la synthèse » entre les composantes de l’identité marocaine à travers l’histoire.

Le chercheur Mohammed Chami a, pour sa part, abordé le parcours de la reconnaissance sous un angle historique antérieur au discours d’Ajdir, évoquant le dahir de 1914 relatif à la « justice amazighe » et celui de 1930, ainsi que le discours du roi défunt Hassan II en 1994. « La question de la reconnaissance n’est pas récente », a-t-il conclu.

S’agissant de l’activation, Mohammed Chami a distingué trois phases du parcours institutionnel : une phase de « planification prospective », sous un ancien ministre de l’Éducation, qui visait la généralisation de l’enseignement de l’amazigh à tous les cycles à l’horizon 2009-2010 ; une phase de « stagnation et de blocage », sous des ministres successifs qui n’ont pas reconnu le dahir portant réforme de l’Institut royal de la culture amazighe ; puis une phase législative, après la constitutionnalisation de 2011 et la loi organique de 2019. Il a critiqué la persistance des retards malgré ce cadre juridique : « Aujourd’hui, on se targue d’avoir atteint 2 460 enseignants, alors que nous en sommes toujours au primaire, sans réelle généralisation », a-t-il déploré, en référence au report de la généralisation complète à l’horizon 2030.

Mohammed Chami a révélé que la Fédération des associations culturelles amazighes du nord du Maroc a déposé des recours en justice contre le chef du gouvernement et le ministre de l’Éducation nationale en raison de ces retards, un dossier actuellement en appel. « Ces pratiques ministérielles, qui consistent à ne pas appliquer la loi et à retarder l’enseignement, ne relèvent-elles pas de pratiques de haine et de pratiques contraires à la loi ? », s’est-il interrogé.

Il a conclu son intervention sur une note moins pessimiste, estimant que le Maroc dispose d’un « arsenal juridique et d’une reconnaissance constitutionnelle » que ne possèdent pas d’autres expériences dans la région, et que le mouvement amazigh demeure « un mouvement pacifique, à l’assise scientifique et civilisationnelle ». Il a conclu : « Ce dont nous avons besoin, c’est simplement d’une prise de conscience collective. »


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