La stratégie du détournement de débat pour étouffer la cause amazighe
Quiconque suit les discours des courants politiques et idéologiques à tendance nationaliste ou religieuse remarque qu’ils n’abordent jamais le fond du problème posé et défendu par le mouvement amazigh.
Lorsque le mouvement amazigh soulève la question de la justice linguistique et culturelle au Maroc et exige l’intégration de l’amazighe dans l’enseignement, les médias, l’administration et la justice, les nationalistes et les courants de l’islam politique s’empressent de réagir. Ils dépeignent alors les militants amazighs comme des ethnocentristes, des partisans du sionisme ou des héritiers du colonialisme. Ils les accusent d’être hostiles aux Arabes, à la Palestine, à l’Islam et à la langue arabe, prétendant qu’ils travaillent main dans la main avec Israël pour diviser la nation.
Ainsi, le débat entre les élites du mouvement amazigh et les prédicateurs idéologiques nationalistes et islamistes devient absurde et sans issue. Leur divergence ne porte pas sur des fondements intellectuels ou sur une multiplicité de visions pour traiter la question amazighe. Il s’agit plutôt d’un désaccord orchestré pour tuer le débat et, avec lui, le sujet lui-même.
Ces promoteurs du nationalisme et de l’islam politique détournent la discussion. Ils délaissent les droits fondamentaux — le droit à l’enseignement dans la langue maternelle, son usage dans la justice et les médias, ou le droit au développement culturel — pour se ruer sur le terrain de la trahison, de l’accusation, de l’insulte et de l’apostasie. Ils agitent les spectres de la diabolisation, du sionisme, de l’ethnisme, du racisme et de la haine envers la Palestine, les Arabes, l’Islam et la langue arabe.
En somme, ils étouffent le débat de fond en procédant à l’assassinat symbolique de ceux qui le portent. Telle est leur stratégie.
Par Abdeslam Khalafi
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Docteur, universitaire et chercheur issu de la tribu des Aït Saïd, spécialiste des études amazighes et de la linguistique. Membre de l’Institut royal de la culture amazighe à Rabat, il a beaucoup contribué à la préservation de l’identité amazighe et à l’étude de ses langues.



