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Tamaynut interpelle les partis sur l’officialisation de l’amazighe


À la veille du scrutin du 23 septembre 2026, l’organisation Tamaynut a adressé une lettre ouverte aux partis politiques en lice pour les sièges de la Chambre des représentants. Elle y relance le débat sur l’écart entre la reconnaissance constitutionnelle de l’amazighe comme langue officielle et sa présence effective dans les institutions et l’espace public. Elle soumet également aux formations politiques une série de dossiers économiques, sociaux, environnementaux et fonciers.

L’organisation rappelle que 27 partis se disputent 395 sièges lors de ce scrutin. Selon elle, cette échéance se tient dans un contexte qui exige un climat démocratique, une véritable volonté politique et des responsables attachés à l’État de droit et aux institutions. Elle estime que le développement reste indissociable d’une pratique démocratique réelle et d’une volonté politique en phase avec le discours officiel et les engagements pris par l’État et ses institutions.

La lettre s’attarde sur le ton de la campagne, que Tamaynut qualifie de « discours politique indigent ». À ses yeux, la surenchère de promesses et la tendance à rejeter sur autrui la responsabilité des échecs ne changeront rien à la réalité. Elles risquent au contraire d’aggraver la crise de confiance envers le processus électoral, les partis et les institutions.

Sur le volet identitaire, l’organisation souligne que la Constitution est un contrat politique et social dont les dispositions doivent être respectées et développées au rythme des aspirations. Elle relève un fossé entre la constitutionnalisation de l’amazighe comme langue officielle et sa place réelle dans les médias, l’école, la justice, les transports, le sport et l’ensemble de la vie publique.

Tamaynut pointe également ce qu’elle considère comme un manquement persistant aux engagements prévus par la loi organique n° 26.16 relative à la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe. Ce manquement concerne, selon elle, les systèmes éducatif et médiatique, la communication en amazighe avec les usagers dans les gares, le tramway, les bus, les ports, les aéroports et plusieurs administrations, ainsi que le secteur de la justice et les autres services publics. Elle appelle les partis à assumer leur responsabilité dans la mise en œuvre de la Constitution et à rendre justice à l’amazighe dans ses dimensions linguistique, territoriale et humaine, en lui accordant la place qui lui revient.

Sur le plan économique et social, l’organisation s’appuie sur des données qu’elle attribue à des instances nationales et internationales pour relever ce qu’elle considère comme des déséquilibres : le chômage, le ralentissement de l’investissement et la situation des jeunes qui ne sont ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation. Elle demande aux partis de présenter des visions globales et réalisables plutôt que de s’en tenir aux slogans et aux promesses. Selon elle, remédier à ces déséquilibres exige un diagnostic objectif, des alternatives efficaces et une volonté politique réelle.

Sur le dossier environnemental, Tamaynut estime que le changement climatique, avec son lot de sécheresses et d’inondations, pose des défis majeurs. Elle appelle à valoriser les savoirs traditionnels et à mobiliser les technologies modernes pour garantir la sécurité hydrique, ainsi qu’à développer l’agriculture de manière à assurer la sécurité alimentaire et à préserver un environnement sain. Elle propose aussi des mesures pour faire face aux périodes de pénurie et tirer parti des périodes d’abondance : multiplier les barrages, généraliser les autoroutes de l’eau, renforcer et renouveler les infrastructures, qu’il s’agisse de barrages, de ponts, de routes ou de réseaux d’assainissement.

Quant à la question foncière, l’organisation la considère comme l’un des obstacles au développement durable. Elle relève la persistance de ce qu’elle décrit comme une politique de dépossession des terres et de restrictions à leur exploitation dans plusieurs régions, par divers mécanismes. Elle demande aux partis appelés à exercer des responsabilités de mettre fin à ce qu’elle qualifie de déplacement forcé des populations hors de leurs terres et de leur territoire, de revoir le cadre juridique régissant les terres collectives (soulaliyates) et d’adopter une approche participative associant les véritables ayants droit, afin de les protéger contre l’exploitation et la cession inéquitable de leurs terres.

En conclusion, Tamaynut estime que les leviers qu’elle juge essentiels au développement souhaité conjuguent les dimensions identitaire, économique, sociale et environnementale. Elle réitère son appel aux partis participant au scrutin à s’en saisir sérieusement et à les traduire en politiques depuis les postes de responsabilité que leur confieront les résultats. Elle plaide aussi pour la réhabilitation de l’État de droit et des institutions, le respect des engagements de l’État envers l’amazighe dans tous les domaines et la satisfaction des besoins essentiels des citoyens. Elle appelle enfin à rompre avec certaines pratiques liées à la gestion des institutions publiques et à l’usage des deniers publics, et à bâtir une économie forte qui valorise les ressources matérielles et humaines du pays, garantisse l’accès aux droits humains, favorise l’émergence d’une société moderne et démocratique et assure un développement durable.

Source: Amaḍal Amazigh

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