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L’IRCAM refuse la surenchère politique du tifinagh


Une déclaration de l’Institut royal de la culture amazighe relance un débat récurrent sur l’écriture tifinagh. L’Institut estime que la controverse autour de la graphie amazighe au Maroc est désormais « sans objet et hors sujet», son choix ayant été tranché tôt sur la base d’études, de recherches et de comparaisons scientifiques. Selon lui, ce débat « ne doit pas se transformer en jugements de valeur ou en positions idéologiques », mais rester scientifique, le choix d’un système d’écriture relevant de critères et de règles précises.

Une source responsable de haut niveau au sein de l’Institut — institution officielle chargée de la codification et du développement de la langue amazighe ainsi que de l’unification du tifinagh — a précisé que l’organisme « suit les différents débats », tout en estimant que ce type de question ne peut être tranché par la surenchère ou par des jugements impressionnistes. Elle a rappelé que l’adoption de cette écriture repose sur un principe simple : tout signe ou symbole reconnu pour écrire une langue la fait passer de l’oral à l’écrit.

La source est revenue sur ce qu’on a appelé la « bataille de la graphie » de 2003, officiellement close le 10 février de la même année, lorsque le roi Mohammed VI a tranché sur la base de l’avis soumis par l’Institut. Rouvrir ce débat reviendrait, selon elle, à « faire marche arrière », le principe de départ étant que « quel que soit le signe, c’est un signe » — l’Institut proposant plutôt d’examiner le bilan obtenu depuis.

Sur la capacité de l’écriture amazighe à transmettre les apprentissages, la source a indiqué que la question « a été tranchée depuis 2003 et ne se pose plus », précisant que, dès le primaire, les élèves non arabophones à la maison sont parvenus à apprendre à écrire l’amazighe facilement, après quelques semaines seulement.

Elle a invité à partir du principe d’universalité, estimant que ce qui vaut pour l’arabe vaut aussi pour le chinois, l’hébreu, l’amazighe et les autres langues, chacune ayant son propre système. Apprendre une langue suppose de connaître les signes correspondant à ses sons et à son sens, ainsi que leur écriture et leur lecture, tandis que le système graphique constitue en lui-même un ensemble régi par ses propres règles, sans lien avec l’ajout de quoi que ce soit à la langue ou à une région donnée.

Plus de vingt ans après l’adoption de cette écriture, la même source a défendu le choix du tifinagh, expliquant que tout système graphique consensuel repose sur une règle générale valable pour toutes les langues : les peuples se sont accordés sur des signes pour écrire leurs langues et fixer la prononciation et le tracé de leurs lettres, une règle scientifique qui ne dépend d’aucune langue en particulier. Elle a précisé que l’amazighe a effectivement été écrite en caractères arabes et latins, et que lorsque l’Institut s’est vu confier la codification de la langue et l’adoption d’un système graphique propre, il a fallu choisir une norme, la fixer et la faire reconnaître, afin d’éviter des divergences persistantes.

Elle a souligné que ce choix « n’a rien eu d’arbitraire », expliquant que la fixation du tracé, la stabilisation des lettres et l’élaboration de règles orthographiques se sont produites historiquement aussi bien pour l’arabe que pour le latin, et qu’il en va de même pour l’écriture amazighe. La question, a-t-elle ajouté, « ne doit ni minorer ni valoriser la langue elle-même » : elle concerne uniquement le choix de la graphie, d’où la nécessité de s’en remettre aux linguistes et spécialistes, le débat mené par l’Institut depuis 2003 devant rester dans un cadre scientifique, discutable par l’argument scientifique.

La source a affirmé que l’Institut s’est appuyé, dans son choix, sur des études et comparaisons entre les écritures en caractères arabes et latins, qui ont révélé des lacunes des deux côtés, d’un point de vue non pas idéologique mais scientifique et expérimental. Elle en a conclu qu’on ne peut donc pas dire que le choix de cette écriture ait constitué une position contre l’arabe, contre le latin ou contre une partie en particulier, mais plutôt une reconnaissance de sa capacité à remplir les fonctions attendues.

Malgré les critiques adressées à la méthode de travail de l’Institut par certaines dynamiques associatives amazighes, la source a estimé qu’« un effort considérable a été déployé dans ce domaine » et que l’étape actuelle exige une normalisation de l’usage de cette écriture, celle-ci étant « standardisée selon un modèle précis » et capable de porter la langue amazighe officielle, constitutionnalisée par le texte de 2011.

La source a conclu en soulignant que « les deux langues officielles disposent chacune de leur propre graphie » et qu’il n’est plus nécessaire de partir de positions extrêmes d’un côté ou de l’autre, l’essentiel étant de garantir à la langue amazighe de jouer son rôle, aux côtés de l’arabe, dans les différents domaines de la vie, et de permettre aux Marocains de la lire dans son écriture officielle.

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