Le parti Tamunt appelle au vote blanc punitif
Le parti « Tamunt pour les libertés », une formation de référence amazighe dont le dossier de constitution fait l’objet d’un recours du ministère de l’Intérieur, appelle à voter blanc lors des prochaines élections législatives. Une position qui replace au centre du débat la relation entre la revendication identitaire amazighe et les institutions de médiation politique.
Dans un communiqué, le parti associe cet appel au boycott de ce qu’il qualifie d’« institutions arabistes » de l’État. Les partis existants manqueraient, selon lui, de constitutionnalité, d’ancrage national et de « légitimité identitaire », et travailleraient à enraciner ce qu’il nomme « notre colonisation identitaire », en substituant à l’identité originelle une identité importée.
Le texte rejette les politiques publiques qui visent, selon ses termes, à « intégrer l’amazighe et les Amazighs dans l’État arabe », et dénonce l’exclusion et la discrimination que produiraient les institutions étatiques. Le pays, conclut-il, n’est pas un « réceptacle électoral » mais « l’espace historique originel de la nation amazighe-maure ».
Le parti critique également ce qu’il décrit comme une « exploitation électorale » fondée sur des promesses saisonnières, l’instrumentalisation de la pauvreté et du besoin, l’achat des loyautés et le recours au religieux et aux appartenances. Il y voit la source d’une représentation formelle qui vide la légitimité populaire de sa substance.
Détaillant son appel, le communiqué estime que le bulletin blanc préserve le taux de participation nationale — qu’il présente comme le plus étroitement surveillé sur les plans interne, externe et onusien — en tant que socle de la légitimité populaire du régime de l’institution « Agellid ». Le parti y voit une « valeur politique historique » de son projet civilisationnel amazigh-maure et appelle à refonder ses structures sur une base identitaire amazighe.
Cette formule — participer au scrutin tout en retirant au bulletin tout choix partisan — distingue la position de Tamunt des appels au boycott pur et simple : elle maintient formellement la participation tout en retirant sa confiance à l’offre partisane existante.
Sur le plan institutionnel, « Tamunt pour les libertés » réclame la formation d’un gouvernement national et une révision constitutionnelle débouchant sur une « déclaration constitutionnelle » de l’État de la nation amazighe-maure, doté d’un régime parlementaire fédéral et d’institutions nationales. Il demande que l’institution « Agellid » devienne un cadre fédérateur et que la gestion démocratique et sociale des affaires publiques serve de base à une répartition des richesses à la fois humaine et territoriale.
Le parti plaide aussi pour une généralisation de l’autonomie à toutes les régions, assortie de compétences pleines dans la gestion de leurs affaires, et pour un redécoupage régional fondé sur le critère de « complémentarité territoriale » : chaque région devrait avoir accès à la mer, aux plaines, aux montagnes et aux oasis, être reliée à son pôle économique, et voir l’intégration humaine reposer sur la citoyenneté plutôt que sur le tribalisme.
Sur le volet religieux, le communiqué appelle à une déclaration constitutionnelle faisant du champ religieux une prérogative exclusive de la Commanderie des croyants, gérée selon ce qu’il nomme une « laïcité protectrice de la religion » : unification de la référence et de la fatwa, sécurité spirituelle, liberté de croyance, protection du religieux contre son instrumentalisation politique et indépendance des institutions religieuses à l’égard du pouvoir et des luttes partisanes.
Sur le plan économique, le parti prône l’adoption d’une « économie démocratique, sociale et solidaire », mettant le culturel, le social et l’environnemental au service de la croissance, en vue d’une économie nationale productive et équitable qui articule croissance, développement social, justice territoriale et protection de l’environnement.
Le communiqué se referme sur un appel à ouvrir un débat public autour de ce qu’il nomme la « transition constitutionnelle libératrice, identitaire et nationale », associant acteurs politiques, civils, académiques et des droits humains. L’étape actuelle, estime-t-il, impose de dépasser la logique de confiance accordée aux partis en place.
Cette prise de position intervient en pleine séquence électorale, alors que le dossier de constitution du parti lui-même reste suspendu au recours formé par le ministère de l’Intérieur.
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