Protestation à Rabat pour la justice linguistique et la généralisation de l’amazighe
Les enseignants et enseignantes de la langue amazighe ont organisé dimanche un sit-in national devant le siège central du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, à Rabat. Cette mobilisation remet sur le devant de la scène le débat sur l’enseignement de l’amazighe, un chantier lancé en 2003 dont les dysfonctionnements demeurent.
Organisée par la Coordination nationale des enseignants et enseignantes de la langue amazighe, avec plusieurs syndicats de l’éducation et en présence de militants associatifs, la manifestation a porté une série de revendications professionnelles. En tête figurent une généralisation effective et équitable de l’enseignement, le respect du calendrier annoncé et des ressources humaines suffisantes. La Coordination demande aussi d’étendre l’enseignement aux cycles collégial et qualifiant, afin d’assurer la continuité des apprentissages d’un cycle à l’autre.
Elle réclame par ailleurs de ramener le nombre de classes par enseignant de 8 à 4, d’augmenter le volume horaire consacré à la langue et de fournir les manuels scolaires, les ressources didactiques et le matériel pédagogique nécessaires. Elle exige aussi une formation, un encadrement et une inspection pour les enseignants spécialisés, ainsi qu’une égalité de traitement dans l’accès aux programmes, projets et incitations dont bénéficient les autres personnels enseignants. Enfin, elle demande un cadre réglementaire clair pour l’enseignant spécialisé, précisant emplois du temps, répartition des séances et des groupes, ainsi qu’une salle dédiée à l’enseignant d’amazighe dans chaque établissement, compte tenu de l’importance de l’espace scolaire.

Dans leurs interventions, les représentants de la Coordination ont estimé que le projet de généralisation de l’amazighe avait connu, dès le départ, « une naissance viciée » au sein du système éducatif, ce qui appelle selon eux une intervention urgente pour en corriger la trajectoire. Ils ont affirmé que ces revendications ne vont pas au-delà de ce que prévoit la loi et que le chantier enregistre des « dépassements et des violations flagrantes » des textes qui l’encadrent.
Les manifestants ont critiqué des décisions telles que la « mise en surnombre arbitraire » et le redéploiement, imaginés par certaines académies régionales et directions provinciales. Ils les jugent abusives, car elles portent atteinte en profondeur à l’enseignement de l’amazighe et reviennent sur les acquis des années passées. Les intervenants se sont également étonnés de l’orientation du ministère vers « la généralisation de l’enseignant plutôt que celle de l’enseignement de l’amazighe ». Le secteur privé n’est pas tenu d’enseigner cette langue constitutionnelle, ce qui prive une partie des Marocains du droit de l’apprendre, tandis que son exclusion du préscolaire favorise, à leurs yeux, « l’expansion de l’arabisation ».
De son côté, Amina Waali, membre de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE), affiliée à la Fédération démocratique du travail (FDT), a critiqué les notes ministérielles encadrant l’enseignement de l’amazighe. Selon elle, la réalité du terrain révèle une marginalisation évidente de la langue par rapport à l’arabe. Elle a déploré l’absence de justice linguistique dans le système éducatif : l’amazighe ne dispose que de 3 heures par semaine, contre 12 heures pour l’arabe, ce qui, dit-elle, consacre « la discrimination et l’inégalité dans le traitement des deux langues officielles du pays ».
Mme Waali a ajouté que le problème ne se limite pas à l’écart horaire. Les enseignants sont aussi épuisés par le nombre de groupes qui leur sont confiés, deux ou plus en moyenne, au détriment de la qualité de l’enseignement. Elle a appelé le ministère à ouvrir des recrutements et à nommer de nouveaux enseignants pour combler le déficit et alléger la charge des praticiens, plutôt que de « s’appuyer sur les notes actuelles, qui ont révélé des lacunes évidentes dans la gestion de ce chantier ».
Ali Daoudi, membre du Syndicat national de l’enseignement affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT), a pour sa part estimé que la question amazighe est « un sujet national sensible dont le combat n’est pas achevé ». Selon lui, l’amazighe n’a pas obtenu l’équité effective, même après sa reconnaissance constitutionnelle, et le traitement officiel du dossier manque encore de véritable volonté pour sa mise en œuvre. Il a ajouté que le dossier des enseignants d’amazighe fait partie intégrante de la lutte éducative générale, en appelant à l’unité des luttes de la classe ouvrière pour obtenir l’équité et arracher tous les droits légitimes.
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