Législatives 2026 : 78 % des Marocains adultes n’ont pas voté
Le taux de participation officiel aux législatives du 23 septembre 2026 est de 38,02 %, le plus bas depuis 2007. Ce chiffre ne mesure pourtant qu’une partie de la désaffection électorale. Il est calculé sur les seuls inscrits, et non sur l’ensemble des citoyens en âge de voter. Rapporté à la population adulte, il décrit un scrutin auquel plus de trois Marocains majeurs sur quatre n’ont pas pris part.
Les listes électorales comptaient 15 801 162 inscrits, soit près de 1,7 million de moins qu’en 2021. En appliquant le taux officiel, environ 6 millions de Marocains ont voté. Or le pays compte près de 27 millions d’adultes en âge de voter, selon les estimations disponibles, qui vont de 26 à 28 millions. Plus de 11 millions d’entre eux ne sont pas inscrits.
Le calcul est donc simple : près de 21 millions de Marocains majeurs, soit environ 78 % de la population adulte, ne se sont pas exprimés, faute d’inscription ou par abstention. Le taux de participation réel s’établit autour de 22 %. La nouvelle Chambre des représentants a été élue par moins d’un adulte sur quatre.
Même ce chiffre surestime l’adhésion à l’offre politique. Parmi les quelque 6 millions de votants, une partie a déposé un bulletin blanc ou nul. Or ces bulletins ne sont attribués à aucune liste et n’entrent pas dans la répartition des sièges. Le phénomène n’est pas nouveau : les législatives de 2016 et de 2021 avaient chacune enregistré plus d’un million de bulletins invalidés, entre erreurs de vote et choix de contestation. Pour une partie de ces électeurs, se déplacer jusqu’à l’urne pour n’y choisir aucune liste revient à exprimer un refus. Une fois ces bulletins déduits, la part des adultes marocains ayant effectivement soutenu une formation politique tombe sous la barre des 22 %.
La tendance est continue. La participation officielle atteignait 45,4 % en 2011, 43 % en 2016 et environ 50 % en 2021, un scrutin couplé aux élections communales et régionales. Le recul est particulièrement net chez les jeunes. Seuls 12 % des 18-24 ans sont inscrits, soit environ 474 000 personnes sur 3,89 millions. Cette tranche d’âge ne pèse que 4 % du corps électoral, alors que les plus de 60 ans en représentent 29 %. Selon une enquête Afrobarometer menée auprès des 18-35 ans, à peine plus d’un tiers déclarent faire confiance au Parlement ou aux partis politiques.
Parmi les causes de ce désengagement, l’une reste peu débattue : l’absence de représentation politique de l’amazighité. Le projet de parti « Tamunt pour les libertés », premier à revendiquer officiellement un référentiel amazigh, a déposé son dossier de création auprès du ministère de l’Intérieur en novembre 2023. Près de trois ans plus tard, il n’a toujours pas d’existence légale et n’a pas pu présenter de candidats.
Ce blocage a un précédent. En 2007, le ministère de l’Intérieur avait interdit le Parti démocrate amazigh marocain (PDAM), porté par le militant Ahmed Dgharni, aujourd’hui disparu. Le tribunal administratif de Rabat l’avait dissous l’année suivante, en invoquant l’interdiction des partis constitués sur une base ethnique. Les initiatives suivantes du mouvement amazigh se sont heurtées soit à l’absence d’agrément, soit à des ruptures avec les partis qui devaient les accueillir.
Les formations présentes au Parlement sont d’inspiration panarabe, islamiste ou généraliste. Plusieurs d’entre elles se sont longtemps opposées à l’officialisation de la tamazight, finalement inscrite dans la Constitution de 2011. Quinze ans plus tard, une large part des Imazighen ne trouve aucune liste qui porte ses revendications. Pour les militants du mouvement amazigh, l’abstention n’est pas seulement de l’indifférence : elle traduit aussi le constat d’une offre politique qui ne leur laisse pas de place.
La future majorité gouvernementale héritera de ce déficit de représentation. Tant que le pluralisme partisan restera incomplet, la participation risque de continuer à décliner, et avec elle la légitimité des institutions élues.



