Mali-Azawad : les limites de l’option militaire


Le conflit qui oppose depuis plus de soixante ans le Mali à l’Azawad connait une fois de plus un regain de tension dont l’issue parait imprévisible. Ces huit dernières années, les deux parties signataires des accords d’Alger, Etat malien et CSP-PSD (cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement), ne sont parvenues ni à créer les conditions d’une paix durable, ni à éloigner la logique militaire. Tout au contraire, l’Etat malien, conforté par l’indifférence, voire la complicité coupable de la Communauté internationale, n’a montré aucune volonté d’application de ces accords et n’a eu de cesse de les saborder. Cette période semble plutôt lui avoir servi à préparer une énième confrontation armée. Dans cette nouvelle guerre, le pouvoir malien a décidé de faire appel à des mercenaires étrangers pour combattre des citoyens « maliens » et éloigner de facto tout esprit d’unité nationale en internationalisant ainsi le conflit qui l’oppose à l’Azawad. Les Accords d’Alger ne devraient pourtant pas connaître le même sort que le Pacte national des années 1990, dont l’application aurait sans doute pu éviter les évolutions actuelles.

Quelle que soit l’issue de l’offensive actuelle de l’armée malienne, encadrée par des mercenaires de la milice russe Wagner, contre les Mouvements de l’Azawad, il apparait illusoire d’espérer imposer durablement la paix par la force dans ce conflit. La montée en puissance tant clamée de son armée et les fameux vecteurs aériens n’ont manifestement qu’un impact limité sur la réalité militaire de terrain. La combativité des jeunes de l’Azawad semble encore au rendez-vous et le temps dira où cette nouvelle aventure amènera l’armée malienne qui a été hasardeusement jetée dans cette aventure par la junte au pouvoir à Bamako.

Ces combattants de l’Azawad, comme leurs pères des années 90, s’honorent dans ce conflit en refusant de céder aux amalgames vers lesquels les autorités maliennes ont toujours cherché à les pousser. Les observateurs s’accordent à reconnaître leur sens de l’honneur et du respect des règles élémentaires de la guerre qui consistent à épargner les populations civiles et même l’ennemi quand il est désarmé.

La gesticulation de quelques individus en mal de reconnaissance qui instrumentalisent les appartenances tribales pour diviser les populations de l’Azawad semble à contre-courant de l’Histoire et annihile leur capacité à jouer réellement le rôle auquel ils prétendent. Certains prétendus leaders communautaires de l’Azawad qui ne rompent leur silence que pour dénigrer ceux de leurs frères qui se sacrifient pour la dignité ne contribuent pas à la construction d’un vivre ensemble juste et pérenne. La décence et le respect pour les milliers des leurs tués par l’Etat malien auraient commandé qu’ils se mettent à l’écart et qu’ils laissent œuvrer ceux qui essaient de ramener Bamako à la raison en rappelant que l’unité du Mali ne pourra se faire que dans le respect de la diversité des communautés qui composent son peuple. La mise en avant de personnes retournées contre leurs communautés, et qui de ce fait ont perdu toute crédibilité, ne résoudra rien au problème de fond.

Quant à combattre les groupes extrémistes violents, il revient à l’armée dite nationale de s’en charger. Le faire à sa place signifierait pour les Mouvements de l’Azawad d’en devenir des milices et des mercenaires sans convictions politiques et au service d’agendas étrangers à leurs aspirations initiales. Tant que les autorités maliennes refuseront la mise en place d’une armée reconstituée reflétant la composition ethnoculturelle du pays, il serait suicidaire d’envoyer des combattants mourir pour un Mali encore mal défini. Seule la légitime défense ponctuelle et indifférenciée quant à la nature de l’agresseur peut se comprendre dans le contexte actuel.

La junte au pouvoir semble avoir une étrange attitude envers certains groupes « terroristes » qu’elle ne combat que rarement. Curieusement, son effort de guerre, par son caractère sélectif, laisse transparaitre ses véritables objectifs qui visent davantage les groupes les moins violents envers certaines populations civiles. Loin de sécuriser ces populations, l’armée malienne et ses supplétifs étrangers multiplient les exactions barbares à leur encontre sans que cela n’émeuve la Communauté internationale. Le moment venu, l’Etat malien ainsi que les commanditaires et les auteurs de ces exactions devront en répondre devant les juridictions internationales.

Les Accords d’Alger demeurent bien le seul cadre, certes minimaliste, susceptible de bâtir une architecture étatique inclusive au service des populations dans le respect de leurs spécificités et de leur droit à une paix juste qui tienne compte des réalités socioculturelles. Un abandon effectif et définitif des accords d’Alger pourrait convaincre davantage les membres les plus réticents de la communauté internationale que le retour au statuquo ante n’est pas tenable et que seule une organisation fédérale de l’Etat malien pourrait garantir la stabilité, éloigner la perspective d’une partition du pays et mettre un terme à ce conflit qui dure depuis la naissance du Mali actuel.

Le populisme s’appuyant sur les slogans creux du néo panafricanisme ne suffira pas à refonder l’Etat et à le mettre au service de tous. La souveraineté d’un pays ne peut se bâtir contre des communautés nationales qui n’aspirent qu’à être reconnues dans leurs droits les plus élémentaires.

Abdoulahi ATTAYOUB

Consultant

Président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE)


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