Vendredi 9 octobre 2026ⴰⵙⵉⵎⵡⴰⵙ 9 ⴽⵟⵓⴱⵕ 2026
Politique

L’officialisation de la langue amazighe : Le défi de l’efficacité pour le PAM

Dans son « Pacte de citoyenneté », le Parti de l’Authenticité et de Modernité (PAM) a inscrit l’accélération de l’officialisation de l’amazighe comme une priorité majeure. Pour la formation politique, la langue et la culture amazighes constituent une composante essentielle de l’identité marocaine, et leur promotion représente l’un des piliers d’une citoyenneté pleine et entière.

Loin de se contenter d’une déclaration d’intention, le programme propose deux mesures concrètes : la création d’un fonds spécial doté de deux milliards de dirhams pour soutenir l’usage de l’amazighe et accompagner la transition numérique, ainsi que l’activation de l’article 34 de la loi organique 26.16. Ce dernier prévoit la mise en place d’une commission ministérielle permanente, placée sous la présidence du Chef du gouvernement, chargée du suivi et de l’évaluation de ce chantier.

Toutefois, la pertinence de ces engagements soulève des questions sur leur mise en œuvre. Le Maroc ne part pas de zéro : depuis le discours historique d’Ajdir en 2001, la constitutionnalisation de la langue en 2011 et l’adoption de la loi organique, le pays a accumulé un arsenal d’institutions et de mécanismes. Le débat ne porte donc plus sur le principe, mais sur la faisabilité et l’efficacité des nouveaux outils proposés.

La question du fonds de deux milliards de dirhams interpelle particulièrement. S’agit-il d’un nouvel instrument indépendant ou d’un renforcement du mécanisme financier existant depuis 2023 au sein du Trésor ? Passer d’un budget annuel d’un milliard à deux milliards de dirhams ne doit pas être une simple hausse comptable. Cela exige une programmation budgétaire rigoureuse, une définition précise des secteurs d’investissement, une gouvernance transparente et des indicateurs de résultats clairs.

Concernant l’activation de l’article 34, l’enjeu n’est pas de créer un nouveau cadre légal, mais de redynamiser une instance déjà prévue par la loi. La commission ministérielle, instaurée sous le gouvernement El Otmani, n’a pas siégé depuis avril 2021. Sa réactivation doit viser à lui donner un réel pouvoir de coordination interministérielle pour sortir ce chantier de la dispersion sectorielle et le replacer au cœur de la décision gouvernementale.

L’expérience du gouvernement actuel mené par Aziz Akhannouch montre que l’augmentation des crédits budgétaires ne garantit pas automatiquement une accélération du processus. Le blocage n’est pas uniquement financier ; il réside dans la gouvernance, la coordination et la gestion des ressources humaines.

Dès lors, quel sera l’apport distinctif du PAM pour éviter que ces promesses ne se heurtent à la lenteur de l’exécution ? Le parti se doit de considérer le plan El Otmani comme une base à actualiser et l’action d’Akhannouch comme un acquis à évaluer. L’objectif est d’ouvrir une phase axée sur la reddition de comptes et l’impact réel.

Le passage d’un budget d’un milliard à deux milliards de dirhams aura une forte portée politique, à condition de répondre à des questions fondamentales : quels projets seront financés ? Pour quels délais ? Qui sera responsable de l’exécution ? Le gouvernement publiera-t-il un bilan annuel détaillé et mesurable ?

Le chantier de l’amazighe nécessite un leadership clair, des compétences qualifiées et un calendrier précis. Le « Pacte de citoyenneté » du PAM doit évoluer d’un manifeste politique vers un contrat d’action. Le parti, historiquement engagé pour la constitutionnalisation de l’amazighe, sera jugé sur sa capacité à transformer ses engagements en politiques publiques tangibles.

Le véritable test ne résidera pas dans le nombre de réunions ou le montant des fonds alloués, mais dans la présence effective de l’amazighe à l’école, dans l’administration, les médias et l’espace numérique. Le défi est de passer d’une officialisation textuelle à une réalité vécue au quotidien par les citoyens.

Par Moustapha Antara

0 Commentaires