Amazighité : une civilisation que ni la haine ni les mythes ne peuvent effacer
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de s’arrêter sur la notion même d’amazighité. Elle n’est pas une simple langue ou une simple ethnie, comme tente de la présenter le courant hostile et aliéné (les « imeḥraṣn »). Elle est une culture, une histoire, une identité, des valeurs, une pensée, un patrimoine, et une terre immense nommée « Tamazgha » (l’Afrique du Nord). C’est précisément cette donnée civilisationnelle que le courant arabiste aliéné s’efforce d’occulter : l’amazighité existait sur cette terre avant même l’arrivée des religions que professent aujourd’hui les peuples de la région — une réalité scientifique et historique que ce courant cherche à contourner.
Il est pour le moins surprenant que certaines voix médiatiques, se réclamant du paysage journalistique, sombrent dans la crispation et l’attaque, clamant que parler de la composante fondamentale de l’identité nationale, ou exhumer l’histoire du peuple autochtone (les Maures), reviendrait à un séparatisme portant atteinte à l’unité nationale.
Il est étrange que de telles voix, qui officient au sein d’institutions médiatiques privées, aillent ainsi à l’encontre du texte même de la Constitution marocaine et des discours royaux les plus solennels. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le soutienne, a en effet affirmé à plusieurs reprises que l’amazighité est une composante essentielle de l’identité marocaine et un patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.
Pourtant, certains « aliénés » nourrissant une haine envers le Makhzen — n’ayant pas su l’affronter directement — s’emploient à propager l’inverse, par un discours raciste et détestable, accusant quiconque évoque l’amazighité d’être « financé par des parties étrangères ». Ce discours a été martelé à maintes reprises contre les militants de la cause amazighe, sans que ceux qui le tiennent ne réalisent qu’ils sont eux-mêmes instrumentalisés par une frange qui a donné une mauvaise image du Maroc — certains d’entre eux souhaitant du mal à ce pays nuit et jour, allant jusqu’à tenter d’ébranler ses valeurs fondatrices de tolérance et de vivre-ensemble.
La réalité de l’amazighité, en tant qu’histoire ancestrale de cette terre, n’a plus besoin de la sophistique des aliénés : les résultats archéologiques ont tranché la question sur le plan scientifique, et ce fait ne saurait être remis en débat, sous peine de pure rumination stérile. J’invite ainsi tout Marocain libre à dépasser cette controverse inféconde, car l’existence amazighe est une réalité scientifique que ne sauraient réfuter les récits d’un venu d’ailleurs devenu partie intégrante de cette nation — bien plus, devenu authentique, fondu dans la composante essentielle de ce pays qu’est la composante amazighe.
L’amazighité est une identité ancestrale puisée dans le lien de l’homme à la terre — cette terre qui a façonné la conscience de l’homme amazigh, dont la géographie a été marquée par l’amazighe comme langue, signe parmi les signes divins, prononcée à travers ses toponymes et les noms des êtres et des animaux que l’homme amazigh a nommés depuis la nuit des temps, témoignant d’une conscience précoce et profonde de son environnement. « Tamazgha » fut un réceptacle qui a accueilli tous les mouvements venus d’ailleurs à travers les âges ; il aurait été plus juste que les aliénés s’enorgueillissent de cet héritage identitaire vieux de plusieurs millénaires, plutôt que de le dénoncer.
Les Amazighs ont accueilli les nouveaux venus et les étrangers avec hospitalité et générosité, non par ignorance ou faiblesse, mais en vertu de leurs valeurs nobles d’hospitalité et de secours à l’étranger — des valeurs que l’homme amazigh a consacrées et suivies à travers l’histoire.
Pensée civilisationnelle contre vision étriquée
Je mets au défi ces figures, à l’image de ce journaliste, de lire sur l’amazighité en tant que pensée et patrimoine matériel et immatériel, pour en conclure qu’il s’agit d’une civilisation profonde aux dimensions humanistes. Mais les porte-voix aliénés ne voient dans l’amazighité qu’une « fabrication coloniale », ignorant que ce discours même perpétue la véritable pensée coloniale conquérante. Ils la considèrent comme un « dialecte » incapable d’être une langue, simplement parce qu’ils ne se sont jamais donné la peine de l’étudier — alors qu’ils se précipitent, non sans fierté, pour enseigner des langues étrangères à leurs enfants, quand bon nombre d’entre eux ne maîtrisent même pas l’arabe qu’ils invoquent pourtant comme prétexte pour propager leurs idées destructrices.
Si les Amazighs étaient racistes, comme certains tentent de le dépeindre, une telle diversité et une telle richesse démographique n’existeraient pas sur la rive sud de la Méditerranée. Ce sont bien les valeurs de tolérance et de coexistence partagée (« amidir » et « amsaraf ») qui ont fait de la terre nord-africaine un refuge accueillant pour des religions et des ethnies diverses, fusionnées et mêlées pour bâtir une identité maghrébine dont la composante essentielle est amazighe.
Harmonie entre les valeurs amazighes et l’islam
Les valeurs amazighes se sont harmonisées avec les desseins de la religion musulmane, ce qui a conduit les Amazighs à l’embrasser avec amour et discernement. Ils ont su conjuguer leurs valeurs propres avec l’islam pour produire un modèle islamique modéré, manifeste dans les ribats, les zaouïas et les écoles savantes. Les savants amazighs ont même rivalisé avec ceux d’Orient, et souvent les ont surpassés, produisant en langue arabe dans les domaines du fiqh, des nawazil et de la terminologie — des écrits de langue arabe, mais empreints d’une conscience et d’une pensée amazighes authentiques.
Et lorsque le courant arabiste obscurantiste (les « Ayt Talst » et les « Imeḥareṣn ») se retrouve à court d’arguments, il rattache systématiquement, par pure haine, l’amazighité au « courant sioniste » — un discours lâche, né de mythes forgés par des élites décrépites incapables de suivre le mouvement de l’époque, se nourrissant de concepts historiques éloignés de la vérité qu’a consacrés la littérature du mouvement national, à l’image du mythe du « dahir berbère », ou de termes tels que « Maghreb arabe » et « nationalisme arabe ».
C’est bien cette incapacité à accompagner les mutations que connaît le Maroc aujourd’hui qui pousse certains à agiter ces épouvantails. Car le judaïsme est un affluent essentiel et officiel de l’identité nationale marocaine, que cela plaise ou non, que cela suscite la haine ou non, dans le cadre d’une Constitution marocaine que ces mêmes voix cherchent aujourd’hui à contourner.
En définitive, plus grandit la haine des obscurantistes et des aliénés (« Ayt Talst », « Imeḥareṣn »), plus l’amazighité, dans sa dimension civilisationnelle globale, gagne en éclat et en rayonnement. Car les vérités historiques et archéologiques ne s’effacent pas devant les mensonges, les mythes et l’instrumentalisation de la religion musulmane, et la conscience des peuples quant à leur identité ne saurait être étouffée par des discours de mobilisation et de haine. L’amazighité est langue, identité, culture, histoire, terre et valeurs — elle ne saurait mourir, à l’image du discours arabiste raciste, éteint jusque dans ses propres terres, et qui ne subsiste plus qu’au Maroc.
Lhoceine Akda



