Plaques d’immatriculation : pas de justification à l’exclusion du tifinagh, selon des militants
La récente modification du système d’immatriculation des véhicules par le ministère du Transport et de la Logistique, qui ajoute un équivalent latin aux caractères arabes dans la série normale, relance le débat sur la place de l’amazighe dans les démarches administratives de l’État, alors que des militants amazighs réclament l’intégration des caractères tifinagh au même titre que le latin.
Cette modification, publiée récemment au Bulletin officiel, porte sur l’article 21 de l’arrêté ministériel régissant l’immatriculation des véhicules à moteur et des remorques. Désormais, la deuxième partie du numéro d’immatriculation comportera une ou deux lettres arabes en graphie marocaine unifiée, accompagnées de leur équivalent latin, alors qu’elle se limitait auparavant au seul caractère arabe.
Abdellah Badou, inspecteur pédagogique et militant amazigh, relie cette modification à une problématique technique soulevée dès le premier arrêté ministériel ayant changé le système d’immatriculation, lorsqu’il était apparu que le caractère arabe n’était « pas pratique » dans un certain nombre d’usages. Il précise que cette difficulté se manifeste particulièrement lorsque des citoyens marocains se rendent avec leur véhicule en Europe ou dans d’autres pays, l’usage d’une voiture dans l’espace international impliquant des droits et obligations spécifiques.
Selon Badou, la précédente modification autorisant l’usage des caractères latins, entrée en vigueur l’année dernière, répondait à la pression de certains pays qui accueillent un grand nombre de touristes marocains, bien que la correspondance des lettres soit « souvent mal réalisée ».
Le militant estime que si la justification de cette modification est avant tout technique, le maintien du caractère arabe au nom de la « souveraineté » soulève une question similaire quant à l’absence du caractère amazigh, estimant qu' »il n’y a pas de raison que la langue arabe existe sans que la langue amazighe existe également », et que l’attachement à l’arabe « implique aussi l’intégration de la langue amazighe, dans le cadre de l’application du principe d’égalité et d’équité entre les deux langues officielles ».
De son côté, Adil Adasko, coordinateur du collectif de jeunesse amazighe Tamesna, considère que le flou persiste quant aux mécanismes de mise en œuvre de l’amazighe tels que prévus par la Constitution, s’interrogeant si les responsables « la traitent avec une certaine humeur changeante ». Il insiste sur la nécessité que la langue amazighe soit présente aux côtés de l’arabe, les deux étant des langues officielles « sans aucune hiérarchie entre elles », appelant à donner la priorité aux besoins du citoyen marocain amazighophone avant toute autre considération, y compris sa présence dans les documents de l’État tels que les listes d’immatriculation des véhicules.
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