Un député de l’alliance de gauche s’attaque à la langue officielle amazighe au Parlement
M. Omar Benjelloun, député de l’Alliance de la gauche à la Chambre des représentants, a commis un dérapage honteux dès le début de son mandat parlementaire, en tenant des propos empreints d’une hostilité manifeste envers l’amazighe.
Au lieu de s’interroger sur les raisons des blocages qui entravent le statut de l’amazighe en tant que langue officielle et sur le retard de sa généralisation au sein des institutions de l’État, tant au niveau central que local, M. Benjelloun a tenu un discours regrettable. Il aurait dû s’offusquer du fait que la rhétorique qu’il a employée aujourd’hui sous la coupole du Parlement est précisément celle qui a justifié le siège institutionnel imposé à l’amazighe de 1956 à nos jours.
En tant que citoyen marocain, il lui incombait de défendre la réhabilitation de la langue de la terre, de l’espace géographique et du quotidien populaire. Il aurait dû la comparer à la langue technico-administrative qui bénéficie d’une discrimination positive sur les plans administratif et institutionnel depuis un siècle, alors qu’elle ne demeure que la langue des documents et des écrits officiels.
Malheureusement, il a choisi de s’en prendre frontalement à l’amazighe, comme si elle était la source de la crise sociale, économique et politique que nous traversons. Délaissant les véritables leviers de l’essor démocratique, social et économique, il a tenté de faire de la langue amazighe sa cible facile pour exposer quelques phrases alambiquées, s’imaginant que l’éloquence suffit encore à éblouir l’auditoire à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle.
M. Omar Benjelloun doit comprendre que son appartenance à la gauche devrait être un moteur pour la réconciliation avec soi-même, plutôt que de servir de prétexte à la défense de l’aliénation linguistique et identitaire par un discours populiste peu convaincant dans le Maroc de 2026.
Il doit également réaliser que les deux milliards de dirhams alloués à l’amazighe dans le programme gouvernemental — qu’il considère comme une dépense fastueuse et un gaspillage — sont à nos yeux une dépréciation de cette langue. L’amazighe est pourtant le socle fédérateur de tous les Marocains, l’essence identitaire de cette terre, de cet État et de son peuple, s’élevant au-dessus de toutes les autres affiliations.
M. Benjelloun devrait plutôt se demander pourquoi l’État marocain n’a pas œuvré pour que l’amazighe, pourtant langue officielle, devienne une langue de travail aux Nations unies, au même titre que l’arabe, comme il l’a lui-même souligné.
Il est profondément désolant qu’en 2026, une personnalité publique manifeste encore une telle nostalgie pour l’ère de l’unilinguisme et de l’hégémonie linguistique, qui fut un fléau pour l’amazighe dès la Constitution de 1962. Il est honteux de voir un député se revendiquant du progressisme porter un discours aussi orthodoxe et fondamentaliste, encore bercé par l’illusion d’un nationalisme arabe exclusif.
M. Omar Benjelloun aurait dû mettre à profit ses quelques minutes d’intervention pour dénoncer la corruption structurelle rampante, les mécanismes nécessaires pour rompre avec l’économie de rente et la collusion entre le pouvoir et l’argent. Il aurait pu s’exprimer sur les conflits d’intérêts qui grèvent le Trésor public, ou sur le fait que la généralisation de l’amazighe, entamée en 2003, n’atteint même pas 46 % dans le cycle primaire après 23 ans. Il aurait dû exiger un plan d’intégration global pour placer l’amazighe au cœur de l’espace public et institutionnel.
Hélas, l’intervention de M. Omar Benjelloun démontre que des poches de résistance hostiles à l’amazighe subsistent, réactivant leurs vieux réflexes dès que cette question est soulevée.
Il aurait été plus judicieux pour lui de s’inspirer du discours visionnaire de sa collègue, l’honorable Nabila Jalal, qui a exprimé une position digne touchant avec brio au cœur de la cause amazighe. Il doit comprendre que les éclats de voix et les lamentations ne sont pas synonymes de compétence ; si le cri était un gage de supériorité, le coq serait le maître de la basse-cour.
Il doit enfin réaliser que l’amazighe est restée vivante malgré des siècles de tentatives d’effacement, finissant toujours par s’imposer à ceux qui lui voulaient du mal. L’évolution du parti de l’Istiqlal, entre hier et aujourd’hui, offre à ce titre une leçon précieuse. Combien d’adversaires de l’amazighe sont aujourd’hui incapables d’assumer publiquement leurs positions passées ? Combien d’individus ou de groupes se croyaient géants hier en affichant leur hostilité, pour finir aujourd’hui réduits à s’incliner devant la force de son rayonnement ? M. Benjelloun devrait donc prendre garde : à force de se croire un géant, il pourrait bien se découvrir nain demain.
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