Renseignement espagnol : la piste algérienne derrière l’assaut de Ceuta
Un rapport des services de renseignement espagnols, dont les détails ont été révélés par la chaîne « Telecinco », établit qu’une vaste campagne numérique lancée depuis des comptes et groupes algériens a constitué l’étincelle initiale de la tentative d’entrée massive à Ceuta, survenue les 30 et 31 juillet 2026.
S’appuyant sur des techniques de renseignement en sources ouvertes (OSINT) et sur l’analyse des réseaux sociaux (SOCMINT), le rapport conclut que cette activité numérique s’est étalée sur plusieurs semaines et a généré plus de 11 millions d’interactions. Le document se concentre notamment sur des groupes WhatsApp gérés à partir de numéros portant l’indicatif algérien +213, où circulaient des informations sur les itinéraires d’approche, les moyens de transport, les horaires, les points de rassemblement, ainsi que des indications pratiques pour rejoindre la zone du brise-lames du Tarajal.
Toujours selon le rapport, ces groupes algériens ont constitué le point de départ, avant que ne les rejoignent des comptes et communautés numériques originaires du Maroc, de Tunisie et de France, ainsi que des relais observés depuis les États-Unis. Les contenus se sont ensuite propagés sur TikTok, Facebook, Instagram et X, à travers des appels à la mobilisation et le partage de cartes et de vidéos.
Le rapport souligne que l’intensité de cette activité numérique s’est nettement accrue après la publication de l’arrêt de la Cour suprême espagnole, dans les premiers jours de juillet 2026. Rendu le 29 juin et publié le 8 juillet, cet arrêt écarte l’application du « rejet à la frontière » ou du « retour immédiat » aux personnes entrant à Ceuta à la nage, leur imposant plutôt une procédure de retour classique, assortie des garanties juridiques habituelles.
Le quotidien espagnol El Mundo a détaillé cette décision de justice, précisant qu’elle avait été rendue en faveur d’un ressortissant algérien intercepté par les autorités à Ceuta alors qu’il tentait d’entrer à la nage en novembre 2024, avant d’être immédiatement reconduit au Maroc sans procédure administrative ni assistance juridique. La Cour suprême a fait droit à son recours, estimant que l’entrée à la nage ne franchit pas d’éléments de retenue frontalière physique tels qu’une clôture, et n’entre donc pas dans le champ du dispositif de retour immédiat.
Les comptes algériens ont exploité cette décision dans leur première campagne, diffusant l’idée qu’une entrée à la nage garantissait l’absence de retour — un argument qui a contribué à mobiliser des milliers de jeunes, majoritairement marocains, en direction de la frontière. Cette mobilisation a débouché sur une tentative d’entrée collective, estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont la majorité a finalement été reconduite au Maroc dans un contexte de crise humanitaire.
Le rapport conclut que la dimension numérique a joué un rôle déterminant dans la diffusion de l’information et la mobilisation des participants, sans toutefois établir d’implication gouvernementale directe, insistant plutôt sur le caractère coordonné et transfrontalier de la campagne. Les autorités espagnoles et marocaines continuent de gérer les suites de cet épisode, tandis que ces révélations relancent le débat sur le rôle des réseaux sociaux dans les crises frontalières.



